Fictions
« Demoiselles aux moyens modestes » de Muriel Spark : Bienvenue au club May de Teck

« Demoiselles aux moyens modestes » de Muriel Spark : Bienvenue au club May de Teck

10 octobre 2022 | PAR Julien Coquet

Roman typiquement bristish, ce livre Muriel Spark paru en 1963 séduit par sa peinture du Londres d’après-guerre, et sa galerie de portraits de jeunes filles.

Dans sa collection Pavillons Poche, Robert Laffont a fait récemment le bon choix de publier à nouveau Demoiselles aux moyens modestes de Muriel Spark. Cette dernière, écrivaine écossaise, écrivit vingt-deux romans avec principalement des femmes comme personnages principaux. Tel ce Les Belles années de Mademoiselle Brodie, peut-être son roman le plus connu, qui se concentrait sur une institutrice aux méthodes d’apprentissage peu banales.

Nous sommes en 1945 et la guerre, si elle finit peu à peu, reste fortement présente dans le quotidien des Britanniques. Après avoir posé son cadre temporel dès les premières lignes, Muriel Spark, tel Balzac dans l’incipit du Père Goriot, se rapproche d’une pension abritant une multitude d’âmes aux forts caractères, le club May de Teck. La raison de son existence est révélée dans les Statuts de la fondation : « Le club May de Teck a pour objets les Commodités pécuniaires et la Protection sociale de dames aux moyens modestes, d’un âge inférieur à trente ans, obligées de résider en dehors de leurs familles afin de tenir à Londres un emploi ». Avec ce cadre idéal, Muriel Spark se permet de créer des idéaux-types de jeunes filles : Joanne qui gagne un petit salaire en donnant des cours de diction, la belle Selina qui capte tous les regards des hommes ou encore Jane, personnage principal du livre, qui travaille dans le milieu de l’édition.

En moins de deux cents pages, Muriel Spark nous dépeint parfaitement ce milieu clos, où les hommes ne sont pas forcément les bienvenus, et où les pénuries et les rationnements (« allez-vous laisser perdre votre café, avec le lait dedans ? ») obligent à faire preuve d’originalité. Si la guerre semble avoir épargné le territoire anglais, les jeunes filles vivent pourtant sous la crainte d’une bombe allemande ayant échoué non loin de la pension, mais n’ayant pas encore explosé. Le roman raconte le quotidien de la pension sans pour autant ennuyer. Demoiselles aux moyens modestes se révèle être tout sauf un roman classique. L’humour de Spark, l’insertion de poèmes récités par Joanne, les flash-forwards ou flash-backs qui parsèment le court roman le font entrer dans la modernité.

« Jane, en général, s’ennuyait auprès de Tilly qui, sans avoir été, à la lettre, danseuse de cabaret, appliquait au monde des livres, chaque fois qu’on lui en fournissait l’occasion, un esprit danseuse de cancan qui tapait sur les nerfs de Jane, étant donné qu’elle-même était depuis peu frappée de respect envers la littérature en général. Jane jugeait Tilly beaucoup trop frivole à propos du milieu des éditeurs et des écrivains, et estimait qu’au surplus elle ne s’en rendait pas compte. »

Demoiselles aux moyens modestes, Muriel SPARK, Robert Laffont, Pavillons Poche, 208 pages, 8,50 €

Visuel : Couverture du livre

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Julien Coquet

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