Fictions

« Le Bûcher » de György Dragomán : Il est fini le temps du communisme

« Le Bûcher » de György Dragomán : Il est fini le temps du communisme

23 août 2018 | PAR Julien Coquet

Ses parents morts dans un accident de voiture, une petite fille est recueillie par sa grand-mère qui possède d’étranges pouvoirs.

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En Roumanie souffle un vent de liberté : Ceausescu et sa femme ont été assassinés, le monde communiste vient tout juste d’imploser et les pays de l’Est se préparent à entrer dans une nouvelle ère, celle de la dérégulation menée par le capitalisme. Les Roumains peuvent enfin manger à leur faim et découvrirent les supermarchés en attendant de voter lors des premières élections libres. Le climat, en apparence détendue, est pourtant électrique : des groupes s’affrontent pour prendre le pouvoir, les accusations de collaboration se diffusent et les jugements hâtifs minent la confiance.

C’est dans cette ambiance quelque peu délétère qu’arrive la jeune Emma, 13 ans. Ses parents morts dans un accident de voiture, elle a été placée à l’orphelinat. Mais voilà qu’une vieille dame se présente : elle dit être sa grand-mère et Emma n’a pas d’autre choix que de suivre l’inconnue. La jeune fille découvre une nouvelle vie et, surtout, cette femme étrange qui pratique la sorcellerie. Rejetée par les villageois, sa grand-mère aurait usé de ses pouvoirs pour surmonter les épreuves du communisme et de la Seconde Guerre mondiale. Son mari, aurait, lui, travaillé avec la police secrète…

Emma découvre un nouveau monde tout au long du roman. Un monde bouleversé économiquement et politiquement, un monde qui rejette certains pour en placer d’autres à sa tête. C’est aussi un monde magique qui accueille Emma : loin de Lovecraft ou de Stephen King, la magie chez György Dragomán est toujours suggérée, jamais clairement montrée. Une ombre qui passe, des sanglots qui se font entendre, des symboles que l’on trace dans la farine, des rituels que l’on suit à la lettre…

Pour autant, Le Bûcher ne nous a pas convaincus. La langue de György Dragomán est certes épurée et simple car le roman, écrit à la première personne du singulier, retranscrit les pensées d’Emma, mais la lecture sur plus de 500 pages en est fatigante : « Il me serre la main, je sais ce qui va se passer, il va m’entraîner avec lui, nous allons tourner en rond de plus en plus vite, nous allons filer sur la glace, exécuter des cercles de plus en plus petits, il va me faire tourner autour de lui, j’aurai le vertige, ensuite il m’attirera contre lui, il m’enlacera, ce sera bon ». Cette naïveté apparente contredit aussi fortement la fin du roman. Alors que la jeune fille découvre tout au long de l’histoire un nouveau monde, elle comprend la première l’histoire policière sous-jacente, celle de la disparition des corps cachés par la police secrète. Le lecteur est d’ailleurs bien en peine d’y voir clair dans cette histoire et se raccroche à la description du quotidien (apprendre à cuisiner, à laver des draps, choisir le maillot de bain, etc.)

« Il secoue la tête, détourne les yeux, et dit qu’il était là, lui, quand, quatre jours après la fusillade, les ouvriers de l’usine de métallurgie ont, avec un camion de transport de mâchefer qu’ils avaient eux-mêmes blindé, franchi la clôture du quartier général de la police secrète. Il était parmi les premiers à grimper en haut du camion quand ce dernier s’est heurté aux barricades de mâchefer érigées dans la cour, l’un des premiers à escalader les marches aux côtés de Guyrka Diszkosz, il était au premier rang quand ils ont défoncé la porte d’entrée, il les a vus balancer du toit les tireurs d’élite qu’ils avaient débusqués dans les combles. »

Le Bûcher, György Dragomán, Gallimard, Collection Du monde entier, 528 pages, 24 euros

Visuel : Couverture du livre

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Julien Coquet

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