Fictions

« Avoue que t’en meurs d’envie » de Kristen Roupenian : L’angoisse s’immisce

« Avoue que t’en meurs d’envie » de Kristen Roupenian : L’angoisse s’immisce

19 septembre 2019 | PAR Julien Coquet

Douze nouvelles centrées autour de personnages déviants ou marginaux : la premier recueil de l’Américaine Kristen Roupenian séduit par son sens de la narration.

Dans Avoue que t’en meurs d’envie, le lecteur croisera des gens étranges, de ceux qu’on préfère regarder de loin, dont on murmure le nom à la pause café. Toutes ces personnes ont un petit défaut qui les caractérise : une femme adore mordre les gens, une autre prononce un vœu très étrange pour son anniversaire, « Un mec bien » se révèle incapable de dévoiler ses sentiments et préfère être en couple avec une fille qu’il n’aime pas… Chez Kristen Roupenian, il y a un petit côté Alice Munro ou Laura Kasischke : des personnes un peu à la marge se retrouvent à créer des situations angoissantes ou embarrassantes.

« Cat Person » (« Un mec à chat ») révéla la jeune Américaine en 2017 lorsque cette nouvelle fut publié dans le New Yorker. Une jeune femme, qui ne chercher qu’à coucher, se retrouve à flirter avec un client du cinéma pour lequel elle travaille. Dès le premier rendez-vous, elle sent que quelque chose ne va pas chez cet homme dont elle peine à deviner l’âge mais qui, malgré sa bedaine, l’émeut tout de même. Alors qu’elle s’apprête à passer la nuit chez lui, Margot doute de plus en plus de l’attrait qu’elle a pour cet homme, trouvant incompréhensible la séduction qu’il exerce : « Margot avait du mal à croire qu’un homme adulte puisse embrasser aussi mal. C’était affreux, et pourtant, allez savoir pourquoi, cela provoqua à nouveau chez elle cet élan de tendresse à son égard ». « Cat Person » n’est pas la nouvelle horrifique qu’on veut nous vendre, mais elle se présente plutôt comme une très bonne nouvelle sur le début de la construction d’une relation amoureuse, alors que les attentes ne sont pas les mêmes des deux côtés.

Parfois inégales, les nouvelles qui composent Avoue que t’en meurs d’envie sont de grands moments d’une lecture oscillant constamment entre la fascination pour l’étrange et le sens du suspense que distille Kristen Roupenian. La première nouvelle est un modèle du genre : en une quinzaine de pages, l’auteur nous fait passer d’une situation un peu désagréable (un ami qui vient de se séparer obligé de dormir sur le canapé d’un couple d’amis) à une situation horrifique. Le recueil se permet même de mélanger le conte (« Le miroir, le seau et le vieux fémur »), le fantastique (« Sacrifice »), l’horrifique (« Le signe de la boîte d’allumettes »)… Un livre qui ne pourra laisser de marbre et qui, par son sens du rythme et de la narration, entraînera le lecteur dans bien des situations désagréables.

« Margot s’assis sur le lit tandis que Robert déboutonnait son pantalon et le baissait sur ses chevilles avant de réaliser qu’il avait encore ses chaussures aux pieds, et de se pencher pour défaire ses lacets. En le regardant dans cette position, si maladroitement plié en deux avec son gros ventre mou couvert de poils, Margot pensa : Oh, non. Mais rien que l’idée des efforts qu’il aurait fallu faire pour interrompre ce qu’elle avait elle-même mis en mouvement lui sembla insurmontable. Cela nécessitait un degré de tact et de délicatesse dont elle ne se sentait pas du tout capable. Le problème, ce n’était pas qu’elle avait peur qu’il tente de la forcer à faire quelque chose contre son gré. C’était plutôt qu’insister pour qu’ils s’arrêtent maintenant, après tout ce qu’elle avait fait pour qu’ils aillent plus loin, lui aurait donné l’air d’être une gamine gâtée, impulsive, comme si elle avait commandé quelque chose au restaurant pour finalement changer d’avis une fois le plat servi. »

Avoue que t’en meurs d’envie, Kristen Roupenian, Nil Editions, 400 pages, 20 €

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Julien Coquet

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