Fictions
Arden, de Frédéric Verger, la Mitteleuropa en mode gants blancs et opérette

Arden, de Frédéric Verger, la Mitteleuropa en mode gants blancs et opérette

11 octobre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Premier roman sélectionné par le Médicis et le Goncourt, « Arden » de Frédéric Verger, prouve, une fois encore que chez Gallimard, le bon style est tout de suite repéré. Mise en scène parfaitement maîtrisée d’un oncle fan d’opérette pendant la Seconde Guerre Mondiale, ce roman pleinement réussi allie la folie de la Mitteleuropa à l’exhaustivité poétique d’une plume proustienne. Irrésistible.

[rating=5]

arden couvertureLe narrateur commence son histoire dans la cuisine d’une tante un peu folle à Montreuil. Parmi les histoires un peu effrayantes que raconte la vieille dame avec un accent de l’est indiscernable, entre deux grésillements de vieux 78 tours, il y a celle de l’oncle Alex. Issu d’une famille française protestante ayant fui en Allemagne après l’Edit de Nantes, cet homme cultivé et séducteur se retrouve à la tête d’un hôtel dans l’une de ces villes à la fois mythiques et englouties de la Mitteleuropa. Plus préoccupé de Strauss que de gestion, il écrit des livrets d’opérettes avec un très bon ami juif. Quand, tardivement, les nazis se retournent contre leur allié et envahissent la ville, il cache cet ami et sa fille et se donne pour folle tâche de faire chanter cette dernière – dont il est tombé amoureux- en public…

Dans un style qui vous enveloppe irrésistiblement de mots précis et presque oubliés et de sensations toujours très justes de madeleine et/ou de coups de sang, ce roman à la fois drôle et décalé joue malicieusement sur les clichés les plus littéraires qui soient. A la fois nourrissant et délicieux, « Arden » révèle la plus belle plume de cette rentrée 2013. Condition nécessaire mais aussi suffisante pour briguer et même obtenir les plus grands prix.

Frédéric Verger, Arden, Gallimard, 480 pages, 21.50 euros. Sortie le 22 août 2013.
« Entre deux cimetières, ils se rendirent à l’Opéra pour assister à une représentation de Turandot. Mais une alerte aérienne interrompit la représentation au milieu du deuxième acte et lorsque les spectateurs revinrent des abris, on reprit au début du troisième acte. Ce détail froissa mon oncle et lui sembla de mauvais augure. ‘Du temps du Vieux, glissa-t-il tristement à ma tante, on aurait repris là où on s’était arrêté’. C’était comme s’il s’était rendu ce soir-là à un enterrement, celui de sa jeunesse et de l’impavidité héroïque de l’ancien temps, qu’il soupçonnait depuis longtemps moribondes, mais dont il comprit qu’elles étaient bien mortes et enterrées. » p. 171

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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