Fictions

« A l’aube » de Philippe Djian : et alors ?

« A l’aube » de Philippe Djian : et alors ?

06 mai 2018 | PAR Julien Coquet

Dernier roman d’un des enfants terribles de la littérature française, A l’aube ne nous a pas vraiment enchantés.

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Sur la côte est des Etats-Unis, Joan revient habiter avec son frère Marlon à la suite de l’accident de voiture qui a coûté la vie à leurs deux parents activistes écologistes. Complot du gouvernement pour faire taire ceux qui dérangent ? Ou bien rivalité d’Howard, un vieil ami de la famille et amant de la mère de Joan ? En évitant tout retour en arrière, Djian délaisse le côté policier de l’intrigue pour se concentrer sur la cohabitation difficile du frère autiste et de la sœur call-girl, l’intrusion d’Ann-Margaret qui couche avec Marlon, la supervision de la prostitution par John, le shérif du coin…

On nous vend Philippe Djian comme un styliste hors pair. Pourtant, nous ne sommes pas éblouis pas une écriture qui emporte le lecteur et le tient en haleine (le roman ne fait pourtant que 190 pages). Par exemple : « Elle s’arrêta à la pharmacie car il arrivait parfois qu’elle soit un peu sèche quand elle n’avait pas envie et c’était le cas. Il avait les cheveux blancs, il était respectueux et il était encore alerte. Mais par contre le voyage l’avait ramolli et c’était tant mieux pour elle. » L’absence d’alinéa ou même de tirets pour annoncer les dialogues demande une concentration accrue au lecteur.

Parfois (souvent ?), le critique littéraire ne sait quoi penser de l’ouvrage qu’il tient entre les mains. Ce n’est ni mauvais, ni bon. Ce n’est ni haletant, ni ennuyant. On se demande alors pourquoi l’ouvrage a été publié. Oui, bien sûr, Joan est une prostituée : et alors ? Howard meurt à la moitié du livre dans une course-poursuite : et alors ? John découvre le réseau de prostitution de sa petite ville et décidé de fermer les yeux : et alors ? Sans parler d’une fin bâclée qui résoudrait tous les problèmes. Le dernier roman de Philippe Djian : et alors ?

« Autrefois, à coup sûr, Joan aurait réagi de façon plus épidermique, au moins le ton serait monté, le fragile édifice que constituent les relations entre les êtres aurait pu voler en éclats sur-le-champ, mais Joan n’était plus la même à présent, elle mesurait parfaitement ce qu’elle avait à perdre et ce constat, loin de l’affaiblir, de la désemparer, la portait à bout de bras, la confortait au-delà de ce qu’elle aurait pu imaginer. »

A l’aube, Philippe Djian, Gallimard, 192 pages, 19 euros

Visuel : couverture du livre

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Julien Coquet

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