Essais

Un point sur les Zombis par Philippe Charlier

Un point sur les Zombis par Philippe Charlier

09 juin 2015 | PAR Jean-Paul Fourmont

Philippe Charlier, docteur en médecine, docteur ès lettres (EPHE IV section), et sciences (Paris 5), qui dirige l’équipe d’anthropologie médicale et médico – légale à l’UFR des sciences de la santé (UVSQ /APHP) publie une étude sur les Zombis.

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QU’EST QU’UN ZOMBI
On appelle zombi, l’individu à qui un poison a été donné, qui le met dans un état cataleptique, que l’on croit alors mort, que l’on enterre, que l’on exhume du cimetière deux ou trois jours après, pour le produire comme zombi.
Visages et corps décharnés, titubant à travers les villes, marchant comme des somnambules : dans l’imaginaire occidental, les zombis suscitent l’effroi et servent d’exécutoire aux angoisses et aux fantasmes les plus crus et parfois les plus farfelus.
Ces morts vivants ont comme patrie d’origine Haïti.
Le concept de zombi est donc à la confluence de la toxicologie, de la médecine, de la magie et de la religion.
Un zombi est un adepte du vaudou, qui en raison d’un mauvais comportement, a été jugé puis condamné par les sociétés secrètes.
Dans d’autres contextes culturels, on se servirait d’une corde ou d’un fusil.
La zombification est pire que la mort, car on anéantit une vie active, et on la remplace par la survie d’un être privé de tout pouvoir de décision (un « légume »).
C’est une solution, contre ceux agissent mal
LE RÔLE CLÉ D’UN POISON
On découvre au fur et à mesure du récit, le rôle clé d’un poison redoutable, extrait d’un poisson tropical dans le processus de « fabrication » de ces êtres entre deux mondes, mais aussi tout un imaginaire caraïbe et africain autour de la mort et du corps.
C’est la piste de « l’ichtyosarcotoxisme », et sa forme le plus répandue se nomme » ciguatera ».

LA PLACE DES SORCIERS VAUDOUS
L’auteur évoque le cas deux individus, considérés comme zombi, et qui avaient été trouvés errant.
Ils ont été hospitalisés, en psychiatrie, avec d’importantes difficultés de concentration et en proie à des hallucinations.
Ils parlaient de bokors (sorciers vaudous) qui les avaient gardés prisonniers, pour l’une en raison d’une sombre affaire de dénonciation d’un voleur et qui étaient tombés enceintes.
Dans les deux cas, aucune des deux familles n’a voulu les reprendre, par peur de la commotion, que pourrait susciter leur réapparition au détour de leur enterrement.

La pratique du vaudou, doit faire face, à la concurrence des autres religions, comme les protestants notamment, très présents en raison de l’influence américaine.
La modernisation de la société, tant au niveau médical, que juridique, permet une évolution, de la société de cette île.
La France a eu ses zombis, après la Grande Guerre, certains revenaient de la guerre traumatisée.
Cela inspira d’ailleurs l’écrivain Giraudoux, pour » Siegfried et le limousin », et Jean Anouilh pour » le voyageur sans bagage ».
Ce voyage à Haïti, est passionnant.
Cette île qui fut sous influence française, à un moment de son histoire, a beaucoup souffert.
Elle s’est construite sur l’esclavage, et ses habitants ont été privés de leurs origines.
Le cinéma (White Zombie) et la télévision (The Walking Dead) se sont emparés de ce phénomène.
Du beau travail.
Philippe Charlier, Les Zombis. Enquête sur les morts vivants, éditions Tallandier, mai 2015, 224 pages, 19,90 euros
Visuel : couverture du livre

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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