Essais

« Rêver de réparer l’histoire… » : essentielles pensées cinéphiles par Jean-Jacques Moscovitz

« Rêver de réparer l’histoire… » : essentielles pensées cinéphiles par Jean-Jacques Moscovitz

08 mars 2015 | PAR Emmanuel Niddam

Voici le deuxième opus d’une série d’ouvrages qui rendent compte du travail de l’association Le Regard qui Bat. Le regard qui bat c’est l’engagement de Jean-Jacques Moscovitz et de ceux qui l’accompagnent pour entendre le cinéma, un engagement pour que le psychanalyste ne reste pas enfermé dans sa tour faite de concepts et de topiques, un engagement politique pour révéler le sens d’un objet de culture.

Rêver de réparer l'histoire Moscovitz

Dans ce livre, Jean-Jacques Moscovitz opère des rapprochements inédits organisés en grands chapitres. Le ruban blanc avec L’inconnu du lac, Artificial Intelligence et Jimmy P., Shoah et Duel. Le fil qui réunit ces si différents films n’est ni chronologique ni fait de ressemblances. Moscovitz rapproche des films qui, d’une certaine manière, à leur insu, disent quelque chose de l’actuel de notre culture que nous n’avons pas encore symbolisé.

Sous des airs de cinéphiles du dimanche, derrière une proximité dont nombre de lecteurs sauront profiter, Jean-Jacques Moscovitz est une référence de la psychanalyse. Son ouvrage contient une proposition presque topique : il y a de l’inconscient dans le cinéma. Et cet inconscient insiste de films en films, ce même inconscient qui est à l’oeuvre dans la haine et les crimes de l’humanité. Ne pas analyser ce qu’il y a de nos inconscients dans ce que nous projetons sur chaque film laisse courir le risque de la répétition.

C’est là que l’on entend l’esprit si particulier de Jean-Jacques Moscovitz. Son engagement politique résiste à la pensée molle du constat et de la gestion du malheur. Shoah de Claude Lanzmann occupe ici une place déterminante au côté des écrits de Charlotte Delbo et du travail de la psychanalyste Anne-Lise Stern. Shoah démontre, si nous avons bien compris, que le cinéma a définitivement quelque chose à voir avec la demande d’analyse, avec ce qui échappe à l’homme sur lui même : sa violence, sa cruauté, son crime, sa haine de la culture et de l’autre. Toujours orienté vers un lendemain possiblement meilleur, la pensée de Moscovitz ne renonce jamais à la lutte nécessaire contre l’antisémitisme en particulier,  et contre la haine en général.

Lisez cet ouvrage. Il contient une forme de résistance, qui refuse d’entériner la défaite de la pensée, le recul de la psychanalyse, la normalisation de la haine.

MOSCOVITZ J.-J., Rêver de réparer l’histoire… Psychanalyse Cinéma Politique, Érès, Paris, 2015

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