Essais
L’oeil d’Emmanuel Berl sur la fin de la Troisième République

L’oeil d’Emmanuel Berl sur la fin de la Troisième République

28 avril 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Les éditions Gallimard rééditent un ouvrage, qui a été publié en 1968. Il s’agit de La fin de la IIIème République d’Emmanuel Berl (1892-1976). Historien, journaliste, essayiste, ami de Proust et de Malraux, Emmanuel Berl fut partisan des accords de Munich et hostile à la déclaration de guerre en 1939. Il fut même appelé dans l’entourage du maréchal Pétain, avant toutefois de prendre très nettement ses distances avec les nouveaux maîtres de la France. Cet ouvrage est précédé d’une intéressante étude de Bernard de Fallois, intitulée « Berl, l’étrange témoin ». L’ouvrage comprend un autre dossier dans lequel Bénédicte Vergez Chaignon présente l’auteur.

E. Berl – La fin de la IIIe RépubliqueLE TRAVAIL NON PAS D’UN HISTORIEN, MAIS D’UN MÉMORIALISTE
Avec cet ouvrage, paru en 1968, Emmanuel Berl refusa de se faire historien, mais mémorialiste. Il restitua alors « ce qu’il avait vu, senti, pensé ». E. Berl connaissait tous les protagonistes de cette tragique histoire. Il avait même écrit des projets de discours pour Reynaud et Pétain. Emmanuel Berl est l’auteur méconnu de formules extrêmement célèbres, telles que « je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal » et « la terre, elle ne ment pas ».

GALERIE DE PORTRAITS
Emmanuel Berl dressa avec finesse les portraits des différents acteurs de cette période. Concernant Philippe Pétain, l’auteur écrivit que « nous savons bien, que la vieillesse augmente l’ambition plutôt qu’elle ne l’apaise. L’ambition tend à devenir, avec l’avarice, le seul remède qu’elle permette contre l’ennui. Chaque année, du seul fait qu’il survécut, ajoutait une rangée de lauriers ». Pour Emmanuel Berl, « il (Pétain) était malin, rusé, retors, méfiant, dissimulé, avide de pouvoir, il avait le cœur sec et une grande vanité ». Selon l’auteur, Pétain n’est pas la chose de Laval, ainsi qu’on l’a si commodément décrit. Bien au contraire, il ne s’est pas fait rouler par Laval.

A propos de Paul Reynaud, l’auteur affirme qu’il était « prévoyant, il savait ce qui allait arriver, il a démissionné et a laissé la place à ceux qui allaient tout abandonner ».

IL QUITTE VICHY LE 25 JUILLET
Emmanuel Berl quitta Vichy le 25 juillet pour se cacher en Corrèze, du fait de son judaïsme, qu’il n’a jamais eu le propos de renier. Sa fidélité à l’alliance anglaise, sa certitude que la révolution nationale était « une inquiétante et grotesque bouffonnerie » et sa conviction que les nazis seraient vaincus ont fait le reste dans son choix de quitter la collaboration. Il n’est resté que quinze jours à Vichy. Comme il l’écrit dans ce livre, il était à l’époque « le juif de gauche le plus populaire ».

Cet ouvrage est passionnant. Il est de surcroît très bien écrit. L’auteur présente avec clarté cette période difficile, il aborde tous les sujets, dont le thème de la défaite des militaires qui s’exonérèrent de toute responsabilité. Le thème de la responsabilité des politiques est également traité. Tous les évènements et manœuvres sont examinés : l’alliance, voir la fusion avec l’Angleterre, Paris ville ouverte, l’affaire du « Massilia », Mers el Kébir, la journée du 10 juillet 1940, l’action souterraine et néfaste de Pierre Laval, la question de la retraite du gouvernement soit à Brest sous la protection de la marine soit à Bordeaux, puis à Vichy sous l’influence de l’armée.

Il est dommage que par rapport à la version de 1968 les éditions Gallimard aient omis de republier la liste des parlementaires qui ont voté les pleins pouvoirs à Pétain ainsi que la liste des membres des gouvernements de Pétain.

Une réflexion utile sur le renoncement et la compromission, avec des portraits saisissants de Mandel, d’Herriot et de la maîtresse de Reynaud.

Emmanuel Berl, La fin de la IIIème République, Folio Gallimard, avril 2013, 466 p., 9,60 euros

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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