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Chez Actes Sud, deux livres pour fêter le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence

Chez Actes Sud, deux livres pour fêter le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence

26 août 2018 | PAR Julien Coquet

Alors que les productions du 70ème Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence n’ont pas vraiment convaincu les passionnés d’opéra, deux livres font un bilan généreux des années Foccroulle.

Le beau livre L’Opéra, miroir du monde. Festival d’Aix-en-Provence 2007-2018, placé sous la direction de Louis Geisler et Alain Perroux, liste toutes les productions proposées par Bernard Foccroulle, Directeur général du Festival depuis 2007. Les productions les plus importantes, celles qui ont marqué les esprits, sont présentées de façon plus précises grâce à des témoignages. L’amateur d’opéra retrouve ainsi avec plaisir la Tétralogie signée Stéphane Braunschweig commandée par Stéphane Lissner, le précédent Directeur général, la mise en scène mythique de De la maison des morts par Patrice Chéreau, qui n’en finit plus de tourner sur les scènes lyriques internationales, la première Traviata européenne de Nathalie Dessay, le sulfureux Don Giovanni signé Dmitri Tcherniakov, la création de Written on skin de George Benjamin (Le Monde allant jusqu’à parler du « premier chef-d’oeuvre lyrique du XXIème siècle ») etc. Metteurs en scène, chanteurs, créateurs lumière, dramaturges prennent la parole pour témoigner de l’émulation qui règne lors d’une création, raconter un souvenir, partager une émotion.

Si l’on souhaite par contre connaître plus précisément le projet artistique de Bernard Foccroulle, il faudra alors se rapporter à Faire vivre l’opéra. Un art qui donne sens au monde. Composé entièrement d’entretiens, le livre est une véritable porte d’entrée à l’art lyrique : ses enjeux économiques, politiques, sociaux et, bien sûr, musicaux et artistiques, y sont exposés clairement. La première conversation se concentre sur la force de la création, la seconde sur l’opéra au cœur de la cité, la troisième sur l’urgence d’un dialogue interculturel et la dernière sur l’opéra dans un monde globalisé. La vision de Bernard Foccroulle est une vision politique puisque l’opéra ne peut être étranger au monde dans lequel il évolue. Le Directeur général est aussi persuadé que les pouvoirs publics ont un rôle éminemment important à jouer en terme d’éducation artistique puisque « pour modifier en profondeur et pour créer les conditions d’une véritable collaboration, il faudrait une « révolution culturelle » au sein de l’Éducation nationale, pour laisser une place réelle à tout ce que le monde artistique peur lui apporter. En général, elle donne priorité à la connaissance rationnelle et historique, et sous-estime l’importance de l’expérience artistique ».

Les quatre entretiens prouvent la vitalité de la pensée de Bernard Foccroulle et sa conviction, ayant passé douze ans à la tête du Festival, même si toutes ses propositions artistiques n’ont pas forcément convaincu. Le Festival a connu un développement sans précédent, notamment en se tournant vers la Méditerranée et en proposant des projets innovants (Le Monstre du labyrinthe de Jonathan Dove, Kalîla Wa Dimna de Moneim Adwan…). Dans sa dernière partie, le livre fait un bilan plus qu’enthousiaste de la situation contemporaine de l’art lyrique en mettant en avant le nombre de maisons d’opéra construites, l’engouement pour cet art réputé difficile chez les jeunes, les nombreux échanges transfrontaliers, etc. Alors oui, merci, l’opéra se porte bien, et cela fait du bien à entendre.

« Les quatre entretiens qui constituent la matière de ce livre clôturent une longue période passée à la direction d’institutions lyriques, à la Monnaie de Bruxelles de 1992 à 2007 et au Festival d’Aix-en-Provence de 2007 à 2018. J’ai eu le privilège d’y vivre des expériences artistiques fortes, des créations majeures, des rencontres bouleversantes. Il m’a semblé utile de partager mon souvenir de quelques moments-clés, et d’essayer d’en dégager une vision du devenir de l’opéra. »

Faire vivre l’opéra. Un art qui donne sens au monde, Bernard Foccroulle, Actes Sud, 224 pages, 20 €
L’Opéra, miroir du monde. Festival d’Aix-en-Provence 2007-2018, Direction éditoriale de Louis Geisler et Alain Perroux, Actes Sud, 176 pages, 32 €

Visuels : Couvertures des livres

Une intelligente adaptation de Fuck America d’Edgar Hilsenrath à La Manufacture des Abbesses
La Brèche de Naomi Wallace lors de la Mousson d’été 2018
Julien Coquet

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