Théâtre

La Brèche de Naomi Wallace lors de la Mousson d’été 2018

La Brèche de Naomi Wallace lors de la Mousson d’été 2018

26 août 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Dans une ambiance studieuse de passion et joyeuse de camaraderie, la Mousson d’été propose cette année comme pour chacune de ses éditions depuis 25 ans des inédits rares. A l’instar de La Bréche de Naomi Wallace captée sous forme d’émission radiophonique pour France Culture dans l’Amphithéâtre de l’Abbaye.

Fondée en 1995 par Michel Didym, son directeur artistique, La Mousson d’été constitue l’un des événements européens majeurs pour la découverte de nouvelles écritures dramatiques. Pendant sept jours, au coeur de la Lorraine, l’Abbaye des Prémontrés ouvre ses portes aux auteurs dramatiques, aux metteurs en scène, aux universitaires, aux comédiens et au public pour venir écouter le théâtre d’aujourd’hui.

La brèche est un texte de Naomi Wallace traduit par Dominique Holler et mise en ondes sous forme d’une pièce de  théâtre radiophonique par Pascal Deux, interprété par une équipe admirable : Quentin Baillot, Thomas Blanchard, Bertrand de Roffignac, Louise OrryDiquéro, Glenn Marausse, Julie Pilod et Souleymane Sylla, accompagnés à la guitare par Frédéric Fresson.

L’ensemble est remarquable de talent et de maitrise de l’art dramatique. Le public équipé de casques suit la captation en direct. Il est saisi par le jeu fort alors que réduit car ce n’est que de la radio.

Le drame qui se joue sur deux époques 1970 et 1990, opère des allers-retours entre les deux moments. Quatre adolescents trop jeunes se sont risqués à un jeu dangereux. Leur divertissement va impacter sur leur vie d’adulte à la façon d’une brèche dans leur vie intime et psychique. L’argument (à ne pas spoiler) est admirable par un empilement de plusieurs histoires mentales dévoilées l’une après l’autre. L’art du récit de Wallace par un crescendo attrape nos imaginaires  pour les enserrer.

Le thème est à l’américaine, l’Amérique de la Bible Belt engoncée entre la libération sexuelle et la morale religieuse, entre l’ouverture au 20e siècle et la peur de cette ouverture même, entre le freudisme et le christianisme. Coincée au milieu de l’absolution, de la rédemption, de la culpabilité et de son indispensable sentiment. Ce qui n’est pas su ne fait pas mal, répète un personnage. L’inconscient est donc méprisé alors que tout révèle sa présence en une succession d’actes manqués et de dénis. Le même personnage avoue: les beaux jours sont ceux dont on ne se souvient pas. Ce désespoir amer et cru offre à la pièce une majesté littéraire rare et une dense poésie. Cette Amérique loin de nous apparait si proche dans cette description de la noire solitude des âmes.

LA BRECHE de Naomi Wallace, traduit par Dominique Hollier mise en ondes par Pascal Deux, à l’Abbaye des Prémontrés, Pont à Mousson.

crédit Photos Affiche

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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