Essais
« C’était Kubrick » de Michael Herr : Stanley réhabilité

« C’était Kubrick » de Michael Herr : Stanley réhabilité

14 juin 2021 | PAR Julien Coquet

Présenté comme un réalisateur tyrannique et isolé, Stanley Kubrick retrouve de sa superbe via l’émouvant portrait que livre Michael Herr, reporter américain et co-scénariste de Full Metal Jacket.

On ne compte plus les différentes façons d’approcher Stanley Kubrick, depuis la somme que lui a consacrée le critique Michel Ciment, ou encore le rôle des éditions Taschen, notamment dans l’édition des archives du film de Kubrick que l’on ne verra jamais, Napoléon. Plus récemment, louons également l’entreprise d’Axel Cadieux de réhabilitation du dernier et étrange film de Kubrick, Eyes Wide Shut. De ce chant du cygne, Michael Herr fait d’ailleurs des remarques pertinentes dans son Post-scriptum : campagne marketing, réception de la presse, approche psychanalytique sont analysées tout en reconnaissant la part d’ombre qui entoure cette dernière œuvre.

C’était Kubrick, s’il évite l’analyse des œuvres une à une (sauf dans ce Post scriptum consacré à Eyes Wide Shut), se concentre plutôt sur l’homme. Remarquons d’ailleurs qu’il est impossible d’écrire « l’homme derrière la caméra ». Michael Herr sait combien son ami travaillait et la place qu’occupaient les recherches, la réalisation, le montage, etc. dans la vie de Kubrick pour dissocier l’homme de l’artiste. Kubrick ne quittait jamais ses habits de réalisateur.

Cette implication dans tous ses films ne pouvait que conduire à une attente exigeante de Kubrick envers ses collaborateurs, acteurs comme techniciens. « Je ne voudrais pas donner l’impression de ne m’être jamais senti excédé ou dit qu’il était le dernier des radins, ni laisser entendre que son manque de confiance envers autrui n’était pas un obstacle ou un peu malsain sur les bords, ou encore que ses exigences et ses attentes n’étaient pas tout simplement exagérées. » Pour autant, Kubrick n’élevait jamais la voix, se mettait rarement en colère et vous regardait de son regard profond pour vous expliquer ce qu’il attendait précisément de vous. Et s’il fallait faire une dizaine de prises, Stanley les tournait.

Mais Kubrick était aimé. Loin de l’image du reclus dans son domaine au Royaume-Uni, Michael Herr dresse plutôt le portrait d’un homme constamment entouré. Kubrick sortait certes peu, mais il passait énormément de temps au téléphone pour de longues conversations, parfois plusieurs fois par jour avec les mêmes personnes. Demandant un avis sur un livre envoyé la veille, par exemple.

Le co-scénariste pointe aussi l’admiration de Kubrick pour le box-office et sa façon de faire attention à toutes les dépenses. Sa manière de faire des affaires était terrible et Michael Herr souligne à quel point Kubrick jalousa longtemps Jack Nicholson d’avoir gagné plus d’argent que lui grâce à Shining. En mêlant souvenirs personnels, discussions avec des proches, anecdotes et sensations provoquées par les films, Herr propose une bien belle biographie.

« Dieu sait que ce n’est pas parce qu’il n’aimait pas les Etats-Unis que Stanley vivait en Angleterre. L’Amérique était son unique sujet de conversation. C’était le continuel objet de ses pensées, elle coulait dans ses veines. Je ne suis même pas certain qu’il se soit rendu compte qu’il n’y vivait plus, bien qu’il l’ait quittée en 1968. Avant l’ère de la télévision par satellite, il demandait à ses proches et ses admis d’enregistrer les programmes des chaînes américaines sur des cassettes pour les lui envoyer. »

C’était Kubrick, Michael Herr, Editions Séguier, 112 pages, 14,90 €

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