Livres

En souvenir d’André, Martin Winckler évoque avec douceur la question de l’euthanasie

24 septembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Médecin, écrivain et essayiste, l’auteur de « La Maladie de Sachs » et du « Cœur des femmes » aborde dans son nouveau roman, »En souvenir d’André » la question douloureuse de l’euthanasie. Il le fait avec à la fois fermeté et douceur le témoignage d’un membre du personnel soignant, un homme  aussi hyper mnésique qu’hypersensible, que plusieurs collègues appellent au secours pour une mort voulue. Sortie le 4 octobre 2012 chez P.O.L.

Le narrateur a un don : il se souvient de chaque mot lu ou prononcé dans l’ordre où ils ont été écrits ou dits. Un talent à la fois formidable et lourd à porter. Petit à petit, ce héros très discret se spécialise dans l’usage de la morphine pour soigner les douleurs des hommes et des femmes qui arrivent à la fin de la vie et de la maladie. En tant que membre du personnel soignant d’un hôpital, il s’indigne de la manière dont certains patients sont traités en fonction de leur position sociale – riches ou pas, médecins ou pas. Un beau jour un ancien collègue ayant su détecter l’homme hypersensible chez ce gentil garçon sans histoires fait appel au narrateur pour l’aider à mourir au moment qu’il choisit. Avant que la maladie ne l’ait trop diminué pour qu’il puisse encore dire au revoir à sa femme et ses enfants et après le moment où il se sent prêt à partir. Cet homme s’appelle André et  lui demande cette aide à la fois médicale (le seconder pour mourir)  et humaine (être à ses côtés au moment du passage) et encore un petit en plus : avant de mourir il lui avoue ce qu’il n’a jamais dit à personne et lui laisse plusieurs cahiers de notes de témoignages en héritage. Le narrateur ne sait pas quoi faire de ce lourd reste. Après André, la rumeur circule vite, et nombre de médecins et infirmières résolus à ne pas se laisser diminuer totalement par la maladie lui demandent son aide et son attention. Le narrateur prend des notes qui lui pèsent. Jusqu’au jour où il tombe amoureux de la fille d’un de ceux qu’il a aidés « en souvenir d’André ». Celle-ci lui suggère alors de transmuer les notes en livres aux voix anonymes.

Volontairement sobre et décousu, « En souvenir d’André » reste toujours au seuil de la personnalisation et de l’émotion. Le point de vue de celui qui à la fois soulage et puis après aide à mourir est clinique, parfois dur, mais toujours très humain. Un beau livre qui se lit également  comme  un portrait : un plaidoyer contre certaines hypocrisies de notre époque et de nos systèmes médicaux.

Martin Winckler, « En souvenir d’André », P.O.L., 208 p., 16 euros. Sortie le 2 octobre 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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