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« Comme le fantôme d’un jazzman dans la station Mir en déroute » : une sombre histoire de neurones cramés

16 janvier 2009 | PAR marie

dantec

Ah Dantec… Pardon. Maurice G. Dantec… Ou comment écrire de la soupe et faire croire qu’il s’agit d’un «thriller »… pire encore : d’un « roman »… et assurer, avec Amélie Nothomb, les ventes d’Albin Michel.

 

Cela commence par un petit hold-up, classique acte de gentils gangsters qui filent sur l’autoroute vers le Sud…. Elle, Karen, et lui, le narrateur à l’identité voilée (par sa cagoule). Les mains sur le volant d’une BM (puis d’une Audi), « il » explique que tous deux souffrent du syndrome de Shiron-Aldiss, un « neurovirus » qui leur « bouffe le cerveau » et les fait osciller entre « crises aigüs d’état augmenté » (qui les rendent « vachement plus performants » bien sûr), phases métadépressives et rêves psychédéliques. Autant de broutilles qui s’apaisent avec des jus de fruit multivitaminés, du Transvector gamma et du Transvector epsilon. Si le premier type de produit n’est pas très compliqué à trouver, les deux autres sont des drogues interdites en France et très chères en Hollande.

 

Les deux sbires (pardon les mutants aux cerveaux qui assimilent hyper rapidement des milliards de données) se sont rencontrés en Centre de regroupement (pour mutants), ils ont écouté les bons conseils du docteur Cohen-Solal, ont fait l’amour et se sont enfuis fissa de leur prison médicale… Braquage pour s’assurer l’achat de leurs calmants et direction Afrique du Sud, officiellement du moins…. En chemin, ils se connectent avec un fantôme perché dans la  station Mir : celui du jazzman Albert Ayler . Why not. Puis Albert Ayler retourne d’où il est venu…

 

Pas de panique, le roman n’est pas un guide des « meilleurs du jazz », encore moins une biographie d’A. Ayler, qui, dans le livre de Dantec, aurait pu être John Lennon, Marylin Monroe ou Mickey… Le pauvre musicien est juste un prétexte. L’auteur l’explique lui-même sur son site : il y a plus de dix ans, un directeur éditorial décidait de publier un recueil de nouvelles centré sur la mystérieuse mort à New York en 1970 du jazzman. Maurice G. Dantec est parti prenante de l’aventure, mais s’aperçoit que de mots en mots, il a écrit 150 pages (quel écrivain prolixe) Pas une nouvelle donc. Pas encore un roman… l’homme de lettres n’est pas dupe.

 

 « 12 ans plus tard » Maurice tombe sur son vieux manuscrit.  « David Kersan le lut, et parvint à me convaincre que sa publication pourrait ne pas être inutile. »  Bel euphémisme… Dantec laisse filer sa plume (ses doigts sur le clavier) et l’histoire est terminée. Il faut croire que le romancier ne devait pas avoir beaucoup de temps. Le début du livre (les 150 premières pages peut-être) est cohérent : l’auteur prend le temps de camper son action, déroule une à une les étapes de l’intrigue, esquisse même une critique sociale (au niveau de l’enfermement, de la prise en charge des maladies psychiatriques, etc). Puis après moultes bagarres, le thriller crève, avorte : l’intrigue est dénouée en quatre pages, en aussi peu de temps qu’il ne faut pour l’écrire.  

 

En somme, dans ce livre, la seule chose travaillée semble être l’écriture « relâchée » (l’auteur la qualifie ainsi lui-même), cette écriture « urbaine » si chère à Dantec qui troque les virgules contre d’obscures préfixes (des méta, des sur-, des hypo, etc…) Leur utilisation abusive peut hérisser, mais au fond, cette plume fait rire… :

 

« Dans la dimension station Mir, l’augmentation de la « métacrise » de Karen a dépassé tout ce que nous étions en mesure d’imaginer. Elle est devenue un état psychique altéré du cosmos, elle est la station Mir en déroute incandescente au dessus des eaux afro-américaines de l’East River, s’écoulant au milieu du port d’Abidjan ». (p194)

 

 

 Maurice G. Dantec, Comme le fantôme d’un jazzman dans la station Mir en déroute, Albin Michel, janvier 2009.

Piccoli à la Colline
« Sagan », de Diane Kurys
marie

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