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« Ça pourrait bien être votre jour de chance » de Mileta Prodanovic

« Ça pourrait bien être votre jour de chance » de Mileta Prodanovic

26 octobre 2014 | PAR Carlos Dominguez-Lloret

Ça pourrait bien être votre jour de chance de Mileta Prodanovic vient de paraître dans la collection SÉMAPHORES en partenariat avec l’Inalco. Le livre de l’écrivain serbe a reçu le Prix Bulgarica pour le meilleur livre des territoires de l’ex-Yougoslavie pour l’année 2000.

[rating=4]

JourdeChanceLe roman de Mileta Prodanovic est un récit lucide et cynique sur la politique internationale du temps de la guerre en ex-Yougoslavie. La guerre menée par Slobodan Milosevic contre les minorités musulmanes de la Croatie et de la Bosnie ravage le pays et décime la population. Lors de l’intervention de l’OTAN, le narrateur et son épouse décident de quitter Belgrade pendant les bombardements de 1999. Le seul moyen d’y parvenir sera de participer à la loterie de l’immigration organisée par le gouvernement américain. Le couple décide également d’inscrire leur chienne Milica et c’est elle qui remporte le ticket gagnant. Tout à coup, dans un virement de style, la chienne se révèle douée de parole.

Au coeur des bombardements, d’autres phénomènes étranges auront lieu: les livres deviennent comestibles, les animaux de compagnie ont des prétentions d’écrivains et les appareils ménagers sont capables de mener une révolte suicidaire.  Dans son roman il n’y a pas de morts, pas de sang, toute sa force est dans le style et dans le langage de Prodanovic. La vision de l’auteur est originale et sans concessions. Les lignes consacrées au caractère slave, politiquement incorrectes, peuvent nous rappeler celles que Henry Miller a consacré à l’Amérique de son temps. Lignes qui décortiquent, à l’appui d’observations et délires romanesques, l’idiosyncrasie des peuples de l’Est.

« ... les Européens de l’Est trouvent toujours moyen de compliquer les choses, d’évaluer, de peser le pour et le contre, de couper les cheveux en quatre, de philosopher, en un mot, ils perdent du temps et transforment leurs pensées et leurs positions en un galimatias absolument incompréhensible pour les gens normaux. » ou encore, « À l’Ouest, les personnages littéraires, tout comme les gens, agissent avec résolution et font des choix rapides et clairs. Ils sont, pourrait-on dire, définis par leur rationalité. À l’Est, ce sont des monstres qui planent au-dessus des pages des livres, des individus diminués mentalement, des êtres difformes d’âme et de corps, qui évoluent dans des ambiances terrifiantes. …De tels personnages littéraires ont, réciproquement, une influence décisive sur la formation des nouvelles générations…« 

Prodanovic n’ hésite pas non plus à dénoncer la dictature et les bombardements et son humeur pointue ne rate jamais sa cible. L’auteur est loin de la complainte ou de l’autovictimisation et il parvient à traiter l’histoire avec un courage et une ironie qui n’épargnent personne au cours de son récit. À part l’identité, Prodanovic aborde d’autres sujets tels la démarche de la création artistique et le rôle de l’art dans nos sociétés. Mais c’est son imagination débridée qui rend possible ce récit inhabituel et compulsif sur la guerre moderne.

Mileta Prodanovic sera en tournée française le 18 novembre à la Bulac de l’Inalco et du 20 au 23 novembre au festival Littératures Européennes de Cognac.

Mileta Prodanovic, Ca pourrait bien être votre jour de chance, Intervalles, trad. Chloé Billon, 192 pages, 19 €.

Visuel : (c) couverture du livre

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Carlos Dominguez-Lloret

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