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Bernard Cottret dresse le portrait de Thomas More

13 janvier 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Professeur émérite à l’Université de Versailles-Saint-Quentin, Bernard Cottret est spécialiste de l’Angleterre. Il vient de publier une biographie sur Thomas More (1478-1535), figure historique majeure que la série télévisée « Tudor » a popularisé.

THOMAS MORE : HOMME D’ETAT, SAINT, HUMANISTE

Thomas More a été persécuteur et persécuté. Il a terminé saint et martyr d’une raison d’Etat. En effet, le 6 juillet 1535, Thomas More monte sur l’échafaud. Décapité pour sa fidélité à la papauté, le célèbre conseiller d’Henri VIII reste un personnage à bien des égards énigmatique, à la confluence de la religion et de la politique, de la raison et du sentiment, de la critique sociale et du conservatisme. D’où le caractère déconcertant de l’individu.

Ce bourgeois de Londres mena en parallèle plusieurs carrières différentes. Juriste d’affaires et défenseur des intérêts commerciaux de son pays, il se mit au service de son roi, dont il devint le lord chancelier, c’est-à-dire un garde des sceaux. Autrement dit, il fut tout sauf un rêveur.

Homme d’état et homme d’étude, il fut une sorte de saint laïc, vivant dans le monde, un homme de son temps qui contribua grandement au rayonnement intellectuel de son pays. Thomas More fut canonisé au XXème siècle, i.e. en 1935, sans avoir accompli de miracle à proprement parler. Thomas More fut proclamé saint patron des hommes d’Etat en raison de sa cohérence morale.

THOMAS MORE SOCIALISTE ?

Ce qui est paradoxal, c’est qu’il tient dans la tradition socialiste, voire même dans le mouvement communiste international, une réputation de révolutionnaire. Son nom est par exemple gravé sur l’obélisque du jardin Alexandrovsky de Moscou. Thomas More réussit le tour de force d’avoir été sacralisé par l’Eglise et par… le communisme athée !

Mais ce n’est pas tout, chaque 6 juillet, Thomas More est également commémoré par les Anglicans qu’il a beaucoup combattus. Singulière postérité, s’il en est.

UTOPIA

Cet ami d’Erasme était une sorte de moine médiéval. Il devint également un modèle pour les hommes mariés, en raison de ses vertus conjugales. Thomas More était un homme cultivé, qui lisait sans problème le latin et le grec.

Dans l’histoire du monde, il reste l’auteur de l’ouvrage Utopie, rédigé en 1515-1516. Il a donné corps au concept de l’utopie, modèle rêvé d’une cité idéale et prétendument radieuse. Cet ouvrage avait pour but de décrire la meilleure république possible. Il fut traduit dans toutes les langues et l’utopie est devenue un genre littéraire en soi.

Réconciliant l’intérêt privé et le bien commun, Thomas More est en quelque sorte un anti-Machiavel, car il reprochait aux conseillers du prince « l’enrichissement personnel, le népotisme ». Dans Utopia, Thomas More insistait sur l’extrême importance de l’équité.

UNE PARFAITE RÉUSSITE

L’œuvre monumentale de Thomas More, Utopia, est décrite avec une très grande minutie. D’excellente facture, le présent ouvrage fourmille des notes précises et d’annexes portant par exemple sur la formation juridique de Thomas More ou sur la société juste. Ce qui permettra à tout lecteur d’approfondir le propos. Fin et érudit, écrit dans une belle langue, l’ouvrage de Bernard Cottret est une parfaite réussite ! L’universitaire ne verse pas dans une admiration béate du saint, mais présente Thomas More de façon juste et équitable, sans aucune acrimonie. Ce personnage mériterait une plus grande célébrité.

Bernard Cottret, « Thomas More », septembre 2012, Editions Tallandier, 401 p., 24 euros

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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