Théâtre

Le théâtre populaire existe-t-il ?

Le théâtre populaire existe-t-il ?

08 juin 2013 | PAR La Rédaction

Alors que dans un mois pile démarre le festival d’Avignon où les plus passionnés de spectacle vivant se concentreront dans l’effervescente cité papale, la rédaction de toute la culture se pose l’éternelle question : qu’est-ce que le théâtre populaire ? Vilar rêvait d’« un théâtre pour tous », Vitez, dans son sillon, d’un théâtre « élitaire pour tous »… Utopie ou illusion ? Nécessairement le théâtre coûte relativement cher et ne s’adresse qu’à une minorité de la population, il  n’a donc forcément pas les moyens d’être populaire, mais en a-t-il encore l’ambition ne serait-ce que dans la forme et dans le fond ?

Le théâtre populaire tel que défini par Roland Barthes repose sur un trépied aussi révolutionnaire que délicat qui rassemble trois conditions: « Un public de masse, un répertoire de haute culture, une dramaturgie d’avant-garde ». Jean Vilar, le créateur du Festival d’Avignon en 1947 et directeur du TNP pendant une bonne décennie dans les années 50 est animé par cette pensée fondatrice. Son projet est celui de s’adresser à un nouveau public grâce à la décentralisation et de développer une politique culturelle permettant d’offrir des spectacles de qualité, accessibles au plus grand nombre, et sensible à l’innovation esthétique et la modernité même s’il privilégie dans la constitution de son œuvre de metteur en scène des textes classiques, de Corneille à Musset et Kleist. Devenu, plus de 60 ans après, le laboratoire des formes esthétiques les plus innovantes et les plus radicales, le festival passionne mais fait débat quant à la supposée perte de sa dimension populaire. Il demeure ou raillé ou contesté à tort par une frange conservatrice du public et parfois même de la critique dramatique en perte de repère pour l’hermétisme de certaines de ses représentations. En dehors de ce constat précis, la situation est claire. Beaucoup de metteurs en scène et de directeurs de théâtre se veulent les héritiers de la belle idée développée depuis les années 50 d’un théâtre fait pour et par le peuple, sans s’entendre sur la signification du terme « populaire ». Brecht disait que « le théâtre divise ou n’est pas ». Le théâtre ne peut pas s’adresser qu’à des initiés mais doit admettre qu’il n’a pas intérêt de caresser le public dans le sens du poil en répondant à ses attentes.

Dans l’opinion commune, populaire rime avec le profond désir du spectateur d’échapper à la morosité et de prendre plaisir en se divertissant. Si le théâtre privé mise davantage sur le boulevard et la comédie, il n’apparaît pas pour autant un théâtre populaire même s’il rencontre un public conséquent qui pousse plusieurs spectacles à atteindre des records de longévité. Par exemple, le spectacle musical « Thé à la menthe ou t’es citron » ne cesse d’être prolongé et fêtera sa 1000e représentation au théâtre de la Renaissance à partir du 6 septembre prochain. Un phénomène qui ne pourrait voir le jour dans un théâtre subventionné pour encourager la création et produire des spectacles qui se jouent sur des durées beaucoup plus courtes. En revanche, il semble que ce type d’institutions, plus ambitieux artistiquement car ne dépendant moins du succès public et économique des spectacles à l’affiche, est plus à même de répondre aux exigeantes missions de service public grâce à des politiques tarifaires décentes et plus ciblées (avantages pour les jeunes et les étudiants, les demandeurs d’emploi, les retraités…), et la mise en place d’actions pédagogiques nécessaires qui tendent à combler la désaffection d’une pratique artistique à l’école ou d’une simple sensibilisation à l’art et à la culture. La fréquentation des théâtres privés à Paris accuse une baisse de 10,2%. On peut expliquer ce phénomène par l’onéreux prix des places car s’il est indiqué par un savant calcul que le prix moyen du billet y est de 31,72 euros selon l’ASTP, on sait bien qu’applaudir les grandes stars dans ces théâtres revient davantage à plus de 50 euros la place. Un coût à l’évidence plus élitaire que le propos qui y est défendu. L’autre facteur qui tendrait à expliquer cette relative désertion du public pourrait être la quête de sens trop souvent boudé et occulté par ce type de théâtre de divertissement certes efficace, parfois de grande qualité, mais usant souvent d’une facilité complaisante qui satisfait le spectateur mais dont on ne sort pas grandi, émancipé, transformé.

Pourquoi bouder son plaisir ? le théâtre est une fête. Un grand metteur en scène comme Jean-François Sivadier travaille avec simplicité et générosité à la jubilation que doit susciter le théâtre. Mais le théâtre ne peut être considéré comme un loisir comme un autre. Il est aussi un lieu de pensée intellectuelle. Les notions de plaisir et de réflexion ne sont pas antinomiques, elles naissent l’une de l’autre et leur cohabitation pourrait être la réponse adéquate au théâtre populaire que chacun rêve. Le théâtre peut être populaire à condition qu’il soit un lieu où l’homme à rendez-vous avec lui-même, qu’il s’adresse aux gens, sans démagogie ni réduction simpliste, qu’il ne s’englue dans la tradition, la nostalgie, les conventions, qu’il ne fasse pas diversion mais qu’il suscite l’interrogation, le débat, qu’il éveille, réveille les passions, qu’il touche, émeut, bouleverse en assumant et confirmant sa portée politique et existentielle. Ouvert sur le monde et ses populations, sur les grandes questions qui traversent l’humain, le théâtre concerne s’il fait sens et tend à être populaire.

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