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« Love Corp », le GPS de l’amour

« Love Corp », le GPS de l’amour

14 août 2020 | PAR Laetitia Larralde

J. Personne et Lilas Cognet nous livrent une réflexion sur la recherche de l’amour dans nos sociétés contemporaines avec Love Corp, un album qui pourrait donner des idées à certains.

« Que serait la vie sans amour? » C’est par cette phrase que s’ouvre l’album, qui rentre immédiatement dans le vif du sujet : comment trouver l’amour, et à quel prix ? Une équipe de chercheurs annonce leur plus grande avancée technologique, celle qui permettra à tous de trouver l’âme sœur sans se tromper : le bracelet Love Corp. Toutes vos données sont scannées, et si votre âme sœur se trouve dans un rayon de 7m autour de vous, le bracelet vibrera à l’unisson avec celui de votre partenaire idéal. Love Corp est un succès mondial, et malgré des détracteurs et des dérives dans son utilisation, les couples se forment.

Love Corp soulève de nombreuses questions autour du thème de la recherche de l’âme sœur. Notons tout d’abord que ces problématiques sont celles d’un pays riche, où les besoins vitaux sont satisfaits et où les questions de mariages forcés n’existent pas. Ici, chacun est libre de son choix, bien que contraint par une norme sociale. Car il semble qu’être en couple soit la seule alternative de vie acceptable : une personne célibataire est une anomalie, elle ne peut pas mener une vie épanouie ainsi. Et pourtant, pour certains le bracelet ne vibre pas…

Love Corp est juste un cran plus loin que les technologies existantes actuelles. Aujourd’hui on se rencontre sur internet, des algorithmes calculent nos compatibilités et filtrent pour nous parmi les centaines de milliers de possibilités. Un personnage de l’album dénonce la passivité de tous les porteurs du bracelet, leur soumission à la technologie. En effet, personne n’ose remettre en question la validité du choix fait par une intelligence artificielle car elle ne peut pas faire d’erreur, et la personne choisie est forcément la meilleure. La science est omnisciente, et le romantisme n’y résiste pas.

Cela implique qu’en délégant le choix de notre partenaire à une entité extérieure, nous nions toute forme de responsabilité, mais également nous faisons l’impasse sur l’effort de chercher qui nous sommes et avec qui nous voulons être. Car ces rencontres arrangées artificiellement certes suppriment la douleur des conséquences d’un mauvais choix, mais suppriment également la possibilité d’une surprise. Et parfois, ces choix irraisonnés peuvent mener vers bien plus que ce qu’on pensait pouvoir trouver.

Mais le système peut aussi avoir ses bons côtés. Certes il tend à effacer la passion, mais nombre de mariages ont été le fruit d’alliances, de choix de la famille où la raison (bien souvent économique ou sociologique) primait sur l’émotion. Et un mariage de raison a moins de chances d’échouer que la passion, qui elle est très volatile… Est-ce là un système qui tue l’amour ? Est-il forcément mauvais ?

La question qui subsiste est donc celle-ci : à quel point a-t-on peur de la solitude, et donc de l’échec social, pour mettre en sourdine ses émotions ? N’est-ce pas le risque de l’échec et donc de la souffrance qui rend la réussite encore plus belle ? À chacun son choix, à chacun sa responsabilité…

Love corp, de J. Personne et Lilas Cognet
112 pages, 17,50€, Editions Delcourt

Visuels : © Editions Delcourt

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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