Théâtre
Entretien avec Trinidad : « Aimons-nous et ne laissons personne décider à notre place de ce qui est bon pour nous. »

Entretien avec Trinidad : « Aimons-nous et ne laissons personne décider à notre place de ce qui est bon pour nous. »

18 novembre 2020 | PAR Magali Sautreuil

Humoriste, imitatrice, chanteuse et « one-woman-show », Trinidad est une artiste qui déborde d’énergie, au sourire enjôleur. Comédienne engagée, elle nous interpelle sur notre société, notre rapport aux autres et à nous-mêmes. Prenons le temps de faire connaissance avec elle ! 

Trinidad, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Qui se cache derrière ce nom un peu étrange ? Ce nom, d’où vient-il d’ailleurs ?  

Mon prénom est d’origine espagnole. Je suis née en France de parents espagnols et, pour la petite histoire, mon prénom a été choisi par ma marraine. Elle m’a transmis son prénom et baptisée pour que je sois artiste, mais je n’ai eu cette info qu’après son décès. Elle est morte jeune.

Et derrière ce prénom se cache une comédienne, auteure, metteure en scène, chroniqueuse, humoriste, humaniste, féministe… Tout est venu à moi comme une évidence.

L’écriture s’est révélée grâce à une instit’ au CE2, la scène grâce à une prof de français en 5e et la mise en scène grâce à la demande d’un ami il y a 8 ans. Et pour mes convictions, elles sont venues tout au long de mon parcours personnel et mon désir de comprendre et de donner un sens à mes expériences de vie. Et tout cela s’est rassemblé le jour où j’ai compris que je montais sur scène pour transmettre.

Le titre du spectacle,  Trinidad : Pour que tu t’aimes encore, n’est pas banal non plus. Quel est son propos ?

Le titre du spectacle m’est venu une nuit où j’ai compris combien il était important pour moi et pour chacun d’entre nous de reprendre notre pouvoir personnel lorsque nous sommes trop dans l’attente de l’autre.

Le propos est un mélange de trois choses importantes pour moi :

  • les modèles ;
  • la puissance des femmes ;
  • le rôle primordial de la sexualité dans notre vie que je pressentais depuis toujours et qui s’est confirmé tout au long de mes chroniques chez Brigitte Lahaie.

Pour les modèles, je pense que notre société n’offre plus aux jeunes filles de modèles forts comme ma génération a pu les connaître. Je pense notamment à des femmes comme Simone Veil ou Simone de Beauvoir. J’avais envie de transmettre celles qui m’ont construite.

Pour la puissance des femmes, il y a eu deux moments marquants pour moi. Les attentats de novembre 2015 où j’ai repensé au film Et maintenant, on va où ? de Nadine Labaki, magnifique réalisatrice libanaise et me suis posée cette question : depuis des siècles avec tout ce que les femmes ont subi, combien d’entre nous ont pris les armes et combien d’entre nous se sont remises dans la force de création en transmettant la vie ou l’amour sous toutes ses formes ?

J’ai compris combien nous sommes fortes.

Et j’ai eu l’image d’un petit fil à l’intérieur du ventre de chacune, en me disant qu’il suffirait que chacune allume son petit fil et nous serions toutes reliées formant une magnifique toile d’araignée, et ce lien puissant pourrait changer le monde. 

Et puis il y a eu l’affaire #Metoo, avec de nombreuses femmes et actrices qui ont témoigné des agressions dont elles avaient été victimes. On a vu la colère monter contre les hommes, avec une tendance à tous les considérer comme des porcs. Et j’ai vu l’interview de Sharon Stone, sublime dans sa soixantaine et sa puissance, et j’ai compris que rares étaient les femmes qui n’avaient pas subi quelque chose et que chacune parlait de là où elle souffrait. Et que le seul moyen de sortir de son statut de victime est d’accepter et d’aller vers notre puissance, transformer ce qu’on avait subi et le transmettre. Ce que, pour ma part, je fais depuis 20 ans.

Pour le rôle primordial de la sexualité, j’ai aussi compris, au contact de Brigitte Lahaie, combien il est essentiel de connaître notre corps, nos désirs et la source de notre plaisir pour pouvoir atteindre également notre puissance. En écoutant ses auditeurs, femmes et hommes, j’ai compris combien la façon dont on a été touché, aimé et désiré depuis l’enfance détermine toute notre vie. J’ai aussi fait des interventions dans les collèges et lycées pour le spectacle Et pendant ce temps Simone veille et lorsque je parlais aux ados de sexualité avec naturel, de l’importance de connaître leur corps, de la beauté d’un acte sexuel… ils me remerciaient. D’habitude, on ne leur parle que de danger, de précaution… et le porno dans lequel ils baignent n’aborde que la performance. Il m’a semblé utile et nécessaire, là aussi, de remettre un peu d’amour dans tout ça pour remettre du désir et du plaisir entre les hommes et les femmes. Plus nous verrons notre puissance, plus nous regarderons aussi les hommes avec bienveillance et réciproquement.

À quand remonte la création de votre spectacle ? Comment l’idée vous est venue ?

Tout ceci était au stade de réflexions jusqu’à ce que je discute, lors d’un trajet Paris/Avignon, avec mon ami et producteur Jean-Paul Bazin et qu’il me dise :  » Si tu fais un spectacle là-dessus, je le produirai. »

Comment avez-vous construit la mise en scène ?

Depuis le début, je voulais une mise en scène légère, quelque chose qui transporte le spectateur ailleurs. Je rêvais d’un spectacle comique/cosmique. Cela a été enfin possible au Studio Hébertot avec l’ajout de la vidéo.

En discutant avec plusieurs amis, des idées ont surgi et il m’a semblé important d’avoir l’image des femmes dont je parlais avec moi sur le plateau à la fois comme une présence bienveillante et comme des parties de moi. Le message essentiel pour moi reste cette énergie d’amour qui nous fait nous dépasser. J’avais été très marquée par le film Interstellar, qui porte en lui tout ce que je pressens de notre lien à l’univers, et cette tirade du personnage d’Anne Hathaway sur l’amour qui a trouvé sa place dans le spectacle.

Pensez-vous que nous ne nous aimons pas assez ? Si oui, pourquoi ?

On ne s’aime pas assez tout simplement parce qu’on ne nous apprend pas à le faire. On nous éduque en nous disant que nos parents nous aiment et que l’on doit aimer nos parents. Parfois c’est vrai et parfois non. Le livre qui m’a sans doute le plus aidé dans ma vie est celui d’Alice Miller : C’est pour ton bien. Et cette petite phrase de Serge Tisseron :  » Il faut savoir si l’on est l’enfant de ses parents ou le parent de ses enfants. Pour apprendre à s’aimer, il est salutaire de « trahir le clan » comme on dit. Par-donner à ses parents dans le sens de leur « donner leur part », leur rendre ce qui leur appartient, leurs attentes vis-à-vis de nous, leurs histoires… et se donner à soi-même ce qu’on a attendu d’eux. »

Un de mes modèles dit :  » Être adulte c’est être son propre père et sa propre mère « . Sinon, nous passons notre vie dans l’attente que l’autre vienne combler les vides que nos parents ont laissé.

Comment envisagez-vous l’avenir, malgré les multiples coups durs que le spectacle vivant a connu ces derniers temps ?

Il est impossible d’imaginer l’avenir dans l’hystérie collective et la vague de peur qui traverse l’occident. Je pense qu’il est essentiel pour notre survie mentale et psychique de nous rassembler avec ceux qui pensent comme nous pour tenir cette peur à distance. La peur isole et rend malléable. Je fais confiance à la vie, la vie a beaucoup plus d’imagination que tous les petits hommes de pouvoir.

Quel message d’amour souhaiteriez-vous porter ?

Aimez-vous et ne laissez personne décider à votre place de ce qui est bon pour vous. Avancez dans la confiance. La peur est un frein, la confiance, un moteur. Et chaque jour, choisissez l’amour pour avancer dans la vie.

Retrouvez toute l’actualité de Trinidad sur son site Internet (ici), sa page Facebook (ici), son compte Twitter (ici) et sa chaîne YouTube (ici). 

Le spectacle Trinidad : Pour que tu t’aimes encore, une production La Pierre Brute, de et avec Trinidad, reprendra à Paris, au Studio Hébertot, dès que possible.

Visuel : photo ©Jean Sentis.

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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