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Illustratrice scientifique, comment ça marche? Le portrait d’Héloïse Chochois

Illustratrice scientifique, comment ça marche? Le portrait d’Héloïse Chochois

20 octobre 2017 | PAR Laetitia Larralde

Héloïse Chochois, jeune illustratrice spécialisée en illustration scientifique et auteure de bande dessinée, dont le premier album, La fabrique des corps, est sorti en juin dernier dans la nouvelle collection à thématique scientifique des Editions Delcourt, Octopus, nous parle de son métier.

Héloïse, pouvez-vous décrire votre métier ?
Je suis illustratrice et auteure de bandes dessinées, donc je passe mon temps soit à faire des dessins de commande, souvent pour des organismes scientifiques, soit à faire des bandes dessinées.

A quoi ressemble une journée type pour vous?
Souvent je commence par répondre aux mails en retard, et à partir de 9h30 je dessine, jusqu’à 19h30 environ. L’ambiance dépend de ce que j’ai à faire. Si je suis en période de crayonnés, je travaille dans un calme absolu parce que pour concevoir des dessins ou des planches de bande dessinée il faut vraiment être très concentré. Mais si j’encre les planches ou que je fais la couleur, je peux me permettre d’écouter la radio, de la musique, c’est moins grave.

Quelles sont au quotidien les difficultés de votre métier ?
Comme on travaille chez soi, il faut réussir à se tenir à des horaires fixes, sinon soit on ne travaille pas, soit on travaille trop. Si on ne se force pas à avoir un rythme comme celui d’un employé, travail de 9h30 à 19h30 et repos le weekend, on est poussé à travailler jusqu’à 2h du matin, à travailler le samedi, le dimanche et on ne peut pas se le permettre, on risque le burn-out à 25 ans…
Il y a aussi tout ce qui est administratif. On n’y pense pas, mais un illustrateur fait sa propre comptabilité : calculer ce qu’on doit à la sécu, à la retraite, facturer, faire le suivi des clients. On ne nous avait pas préparés à nous confronter à cette partie du métier. C’est compliqué, et ça s’apprend sur le tas.
Mais j’ai eu de la chance, j’ai réussi à commencer assez rapidement et le travail appelle le travail, donc je n’ai pas eu trop à démarcher des gens. J’ai fait un ou deux concours avec des amis pour avoir des bourses, ça s’apparente au démarchage.

Quels sont les avantages de votre métier ?
On est à son propre compte, on a des clients mais on n’a pas de patron. On a la liberté de prévoir son emploi du temps. C’est parfois compliqué de se motiver à se lever le matin, mais si je veux que mon weekend soit mercredi et jeudi, je le fais. Je n’ai pas de congés payés, mais je peux prendre quinze jours de vacances hors saison si je veux.
Je peux aussi choisir les projets que j’accepte. Si quelqu’un me propose un projet que je ne considère pas être intéressant ou qui va contre mes positions politiques, sociales, je peux refuser.
Et surtout je fais du dessin. C’est quand même ce que j’aime faire le plus au monde, c’est sympa de faire un métier où vraiment tu t’éclates, que tu es heureux de faire.

Quelle est la chose la plus incroyable, extraordinaire qui vous soit arrivée grâce à votre métier ?
Je suis allée visiter le site de l’Andra d’enfouissement des déchets radioactifs, c’était une sacrée expérience. Pour l’instant il n’y a pas de déchets radioactifs, c’est un site où ils testent. Ils ont construit une maquette échelle un pour voir si ça marche, il n’y a que des bureaux mais pas encore d’enfouissement. Et peut être qu’il n’y en aura jamais vu tous les problèmes que ça pose, mais on ne va pas entrer là-dedans. J’ai pu entrer dans cet endroit incroyable grâce à mon métier.

Et pour terminer, est ce qu’il y a un mot de vocabulaire spécifique à la bande dessinée qui vous plaît particulièrement ?
Ce n’est pas facile, je ne sais pas si on a vraiment un vocabulaire très spécifique. Le vocabulaire est assez simple, sauf quand on rentre dans la partie plus technique. Quand on scanne, on met en couleur, on utilise des logiciels comme Photoshop, là on commence à parler avec des mots comme luminosité, contraste, cmjn, rvb… Sinon le dessin c’est simple du point de vue vocabulaire, tu prends un crayon, tu dessines… Le mot que j’aime bien, c’est définition. Quand on imprime un dessin il faut avoir une bonne définition, de la précision, on travaille en 300 dpi. Il y a aussi bien de la définition dans le contenu que dans la forme.

Quelques mots sur votre actualité ?
En ce moment je termine un travail conjoint avec une de mes amies qui fait du stop motion, Charlotte Arene. On a travaillé sur un site web dans le domaine de la physique. Elle a fait des animations pour expliquer des phénomènes physiques et moi j’ai fait des bandes dessinées numériques de reportage auprès des physiciens pour expliquer leur quotidien au labo (ndr : le projet Infiltrée chez les physiciens est visible ici). Et j’ai quelques projets de bande dessinée. Peut-être une bande dessinée avec des amis journalistes, qui sera plutôt du reportage sur le terrain, sur un phénomène social, comme la revue dessinée, ou XXI, du reportage dessiné.

visuels © Héloïse Chochois, © Editions Delcourt

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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