BD
Exposition Berthet

Exposition Berthet

03 décembre 2011 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

 

En parallèle de l’exposition virtuelle sur Thierry Ségur à découvrir jusqu’au 10 décembre sur le site de la galerie Daniel Maghen, une nouvelle exposition tangible de planches et dessins originaux de Philippe Berthet est accrochée à l’occasion de la sortie du tome 10 de la série Pin-Up : le dossier Alfred H, chez Dargaud le 4 novembre 2011. C’est à Hitchcock que le talentueux duo s’attaque cette fois…

Dessinateur et auteur de bande dessinée belge, Berthet a débuté dans Spirou avec sa série Couleur Café. Pin-Up est à ce jour sa plus importante réalisation et, au vu du très grand succès qu’elle rencontre, elle ne semble pas prête de s’arrêter.

Pleine de sensualité et de violence, le langage cru et le dessin direct, la série Pin-Up met en scène des femmes sexuellement attractives à la plastique parfaite pour lesquelles les hommes éprouvent un désir bestial immédiat qu’elles vont utiliser pour servir leurs fins ou se laisser séduire dans l’envie d’un amour partagé. Quoique l’action soit plus souvent suggestive que concrète  d’un point de vue érotique, la barbarie des combats, qu’ils soient guerriers ou mafieux,  est par contre mise en avant. La mort frappe à chaque album avec effusion de sang à l’appui. Si elle s’adresse majoritairement à un public masculin amateur de sensations fortes et ayant du goût pour la guerre et plus particulièrement pour l’aviation, cette série peut toutefois toucher également les lectrices par la personnalité de ses héroïnes : femmes indépendantes luttant contre le machisme ambiant telle l’héroïne Dottie et la fatale Talullah. Il faut se replacer dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale pour comprendre l’esprit vengeur des soldats américains à l’encontre des japonais. Le cynisme des soldats y compris à l’encontre des leurs n’est pas un des moindres chocs que l’on éprouve en lisant ces pages, les insultes racistes des américains vis-à-vis de leurs ennemis choquent aussi même si nous pouvons les comprendre dans ce combat impitoyable où personne ne fait de cadeau à personne. Le prix de la vie humaine semble bien dérisoire dans ce contexte d’où le fait que les personnages masculins sont prêts à tout pour prendre du plaisir, ils savent que cela peut être pour eux la dernière fois. L’impact de la réalité historique se fait toutefois de plus en plus léger au fil des tomes : nous passons progressivement de la Seconde Guerre Mondiale à l’Amérique de l’après-guerre et d’une situation de conflit général à des conflits plus individuels. A la critique de la guerre fait suite celle de différents pervers sexuels, le moins que l’on puisse dire, c’est que le scénario ne fait pas de cadeau à Howard Hugues par exemple.

Autre point intéressant de cette bande dessinée, il y a une mise en abîme de la création, une bande dessinée dans la bande dessinée ce qui donne une double profondeur des plus captivantes au personnage principal : Dottie alias Poison Ivy. Le paradoxe, c’est que, derrière toute cette noirceur, se cache une belle histoire d’amour entre Dottie/ Poison Ivy et un soldat, Joe, qui aime cette femme sous ses deux aspects sans se douter qu’elle ne fait qu’un, puis une seconde histoire avec toujours Dottie pour héroïne, encore plus énigmatique au vu de l’ellipse narrative importante qui sépare le tome 3 du tome 4, les scénarios suivant s’écartent de plus en plus de ce passé prégnant de l’héroïne, décidément bien malchanceuse avec les hommes. De ce fait, malgré l’apparente vulgarité de certains dialogues, la beauté du dessin de Berthet, son originalité et la profondeur sous-jacente du scénario font de cette bande dessinée une belle réussite dans le genre, un peu canaille certes mais très prenante. Le scénario n’est pas toujours aisé à comprendre. Au début, le lecteur se demande si l’action se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale ou pendant la guerre du Vietnam, les clins d’œil sont un peu déconcertants que ce soient les références filmiques à Gilda (1946) de Charles Vidor et à Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock, les apparitions de personnalités réelles fameuses telles que John F. Kennedy, Howard Hugues et Frank Sinatra. Cette série navigue en permanence entre réalité et fantasme, le cynisme ambiant ne fait de cadeaux ni aux personnages réels ni à ceux imaginés. Certaines scènes atteignent l’absurde et nous amènent le sourire aux lèvres. Si loufoques que puissent être les situations, le scénario retombe toujours sur ses pieds. Un petit bijou inclassable.

 

Première visite de Frédéric Mitterrand au chantier des Archives Nationales à Pierrefitte
L’Angleterre victorienne au cinéma – festival « The way we were » au Musée d’Orsay
Sandrine et Igor Weislinger

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *