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Alice Guy, la nouvelle héroïne de Catel et Bocquet

Alice Guy, la nouvelle héroïne de Catel et Bocquet

30 septembre 2021 | PAR Laetitia Larralde

Le duo Catel et Bocquet revient avec un nouveau portrait de femme au destin hors-normes : la première réalisatrice de cinéma, Alice Guy. Un roman graphique passionnant sur les débuts du cinéma.

Depuis plusieurs années, Catel et Bocquet nous ravissent avec leurs biographies dessinées de femmes au caractère bien trempé. Après Kiki de Montparnasse, Joséphine Baker et Olympe de Gouges, c’est au tour d’Alice Guy de rejoindre ce panthéon de femmes exceptionnelles. Celles que les auteurs nomment les « clandestines de l’Histoire » sont ces femmes qui ont laissé une trace importante dans leur domaine et plus largement sur la société, mais à qui l’Histoire n’a pas su donner leur juste place. C’est donc un travail de réhabilitation de la mémoire de ces femmes auquel Catel et Bocquet se livrent à chaque album.

Concernant Alice Guy, leur matière première leur vient de la meilleure des sources : Francis Lacassin, historien des débuts du cinéma, qui avait rencontré Alice Guy en 1963. Francis Lacassin, que l’on voit à la fin de l’album, a confié à José-Louis Bocquet tous les documents qu’il avait reçus d’Alice Guy avec la mission de lui redonner sa place de pionnière du cinéma.

Née en 1873 en France de parents installés au Chili, Alice Guy a eu une enfance voyageuse à laquelle le suicide de son père met brutalement fin. La jeune fille, la tête solidement ancrée sur les épaules, décide d’apprendre d’abord un métier plutôt que de chercher un mari. Intelligente et travailleuse acharnée, elle intègre le Comptoir de la photographie comme secrétaire de Léon Gaumont, alors que le cinéma va prendre son envol. Fabricant de matériel de projection et d’enregistrement, la firme Gaumont se lance alors dans la production de films qui serviront à faire vendre leurs appareils, sur l’idée d’Alice.

Evoluant au milieu des frères Lumière, de Méliès et même Gustave Eiffel, soutenue par la confiance de Léon Gaumont, elle devient la première réalisatrice de cinéma, sachant s’entourer de collaborateurs dont les métiers tels que scénariste, metteur en scène ou opérateur de prise de vue se définissent en même temps que s’invente la discipline. Elle devient ainsi directrice des studios Gaumont à Paris, s’envole ensuite pour les Etats-Unis au début du XXème siècle où elle créera ses propres studios qui produiront quelques 500 films, portée par l’explosion à la fois technique et artistique de ce nouveau domaine.

Encore une fois, ce portrait de cette femme aux idées progressistes, qui s’est emparé du droit d’être libre dans une époque où la société enfermait les femmes au foyer, est captivant. La narration est fluide et s’écoule dans un tourbillon d’énergie et d’optimisme déployés par Alice Guy. Les grandes dates marquantes rythment le récit, accompagnées des bâtiments emblématiques de chaque période de sa vie, sans jamais enfermer l’histoire. Le montage des scènes choisies de la vie d’Alice Guy se fait avec naturel, comme ce que demandait la grande directrice à ses acteurs.

Le dessin de Catel Muller est toujours aussi expressif et le noir et blanc se rehausse cette fois-ci d’un gris clair qui apporte du relief. On remarque que les films et les photographies sont traités au crayon, leur donnant un aspect légèrement irréel. De plus, le travail de documentation très important que l’on retrouve en fin d’ouvrage dans les chronologies, biographies, filmographies et bibliographies permet de marquer le temps qui passe par l’évolution des costumes et des décors, créant ainsi avec discrétion une ambiance digne de celles du cinéma.

Grâce à Catel et Bocquet qui nous ont fait découvrir et apprécier cette femme forte, Alice Guy peut reprendre sa place de pionnière du cinéma, aux côtés de tous les hommes avec qui elle traitait d’égal à égal, et devenir un modèle de femme libre pour les nouvelles générations.

Alice Guy, de Catel et Bocquet
400 pages, 24,95€ – Casterman

Visuel : © Casterman – Catel – Bocquet

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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