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Bande-dessinée : Des Dieux et des Hommes, une série de Jean-Pierre Dionnet à ne pas manquer

Bande-dessinée : Des Dieux et des Hommes, une série de Jean-Pierre Dionnet à ne pas manquer

24 janvier 2012 | PAR Olivier Handelsman

«Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue.» Bien mal prit aux grenouilles de La Fontaine, qui demandèrent au ciel un être supérieur à servir, sans se douter que la tyrannie était la seule application possible de la monarchie absolue. Lors du krach boursier de 1929, dans l’univers de Jean-Pierre Dionnet (Métal Hurlant, Les Humanoïdes Associés), sur la légendaire route 66, des êtres divins dotés de pouvoirs hors du commun naissent pour ne plus jamais mourir. Nul ne sait pourquoi ces rejetons d’humains sont apparus avec de tels dons, mais une chose est sûre : l’humanité n’a aucun intérêt, et aucune importance pour eux. Pénétrez ce monde inquiétant illustré par Theureau, Baldazzini et Zezelj.

La série « Des Dieux et des Hommes » alterne les histoires longues et courtes, et met en scène des êtres hors du commun. A travers le destin de soixante-six êtres surnaturels qui verront la race humaine péricliter et perdre tout contrôle sur leur monde, cette série vous montre à quel point nous sommes fragiles, et vous fait part de l’inquiétude des plus lucides d’entre nous par une perspective inédite.

Une apparence humaine, des effets colorés et aérodynamiques, des super pouvoirs : sommes-nous face à une nouvelle série de comic à l’américaine mettant en scène des superhéros ? Non, le style y est réellement différent : le texte n’écrase pas l’image (quoi de plus irritant qu’un texte décrivant l’image ou un dialogue pléonastique ?) , les poses des personnages n’ont rien d’extravagant, les dieux n’ont rien d’avenant et se préoccupent peu du sort des humains, leur immortalité les différencie de la plupart des humains, et leurs aptitudes sont profondément liées à la glèbe et à la matière même de la Terre. Ces dieux sont ceux de la Terre, en cela qu’ils n’envisagent pas de la quitter, et qu’ils ressentent une connexion intime à la nature. C’est donc au-dessus des superhéros que se situent ces êtres supérieurs, dont l’on peut malgré tout tracer l’hérédité dans les comic books, mais avec un angle bien plus mature.

Est-ce par admiration pour Jack Kirby et ses « New Gods », ou sur une volonté de saluer les irrévérencieux Watchmen d’Alan Moore (qui selon Dionnet est le fossoyeur des superhéros classiques) et les Britanniques de la nouvelle vague comme Warren Ellis (qui ont marqué en profondeur et ruiné les traditionnels héros Marvel et DC), que les dessinateurs et le scénariste des « Dieux et des Hommes » ont mis au monde des héros aussi insolites ? Défier les codes intemporels du comic institués par Siegel et Schuster et leur préférer des personnages sortis tout droit des films de George Lautner est l’objectif : du populaire et de l’intelligent à la fois, superbe et burlesque (le Seigneur des Mouches, dieu récurrent de la série, en est l’emblème).

Ces dieux ne sont pas à prendre tels quels : ce sont des archétypes, des idées collectives personnifiées. A l’image des divinités primitives, ils sont l’incarnation d’un principe de la nature. En témoigne le dessin des dieux, toujours élégant et parfaitement intégré à l’univers sombre et instable de la BD : une réelle étude de la dynamique du vol, du ballet aérien se distingue dans les enchaînements muets de leurs déplacements. Et malgré la distance qui existe entre notre monde et le leur, qui découle exclusivement de leur existence, nos Histoires se rencontreront, sous leur influence inexorable et imprévisible : par exemple, le tome 3, « Une petite ville en Amérique », met en scène l’un de ces dieux lors de la Seconde Guerre Mondiale (où les Nazis sont dépeints avec un sérieux et un pragmatisme hostile au phénomène de fascination artistique actuel du IIIème Reich, aux accents mystico-comiques de mauvais goût). Les Alliés vaincront certes, mais chacun des actes des dieux déclenchera un effet papillon décisif pour cette conclusion. La seule réelle digression entre notre chronologie et la leur est la fin du monde annoncée pour 2147 : les humains seront déjà une espèce en voie d’extinction, et le danger sera également le lot des dieux. Affaire à suivre…

 

 

Jean-Pierre Dionnet est né en 1947. Il a été tour à tour vendeur aux Puces, libraire chez Futuropolis, scénariste à Pilote (pour Bilal, Got, Solé, Goetzinger et quelques autres), créateur de Métal hurlant et des « Humanoïdes associés » (avec Moebius et Druillet), star de la télévision (avec Philippe Manoeuvre et Sex Machine), présentateur sur Canal + (Cinéma de quartier), fondateur de la société Des Films, producteur de longs-métrages, amoureux du cinéma asiatique et blogueur passionné d’images en tout genre (L’Ange du bizarre). Infatigable, il se réinvente une nouvelle fois pour revenir à la bande dessinée, là où tout a commencé pour lui : chez Dargaud.

Danijel Zezelj est né à Zagreb (Croatie) en 1966. Après avoir étudié la peinture classique et la sculpture, il a choisi de se consacrer à la bande dessinée et à l’illustration. Qualifié par Federico Fellini de « génial », Zezelj a été publié par les principaux éditeurs américains de BD, de DC Comics à Marvel Comics. Avec la musicienne et compositrice Jessica Lurie, il a réalisé des performances multimédias associant la musique à l’art visuel. Zezelj est aussi l’auteur de films d’animation et a créé sa propre maison d’édition, Petikat. Il vit et travaille aujourd’hui à Brooklyn.

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Olivier Handelsman
Olivier Handelsman est étudiant en master de management à Grenoble École de Management, et étudie en échange à la Simon Fraser University de Vancouver (Colombie-Britannique, Canada) au second semestre 2013-2014. Licencié de Sciences Économiques à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, Olivier est intéressé par la micro-économie, l'entrepreneuriat, le management stratégique, de l'innovation, de la musique, des systèmes d'information et des nouvelles technologies. Olivier Handelsman a été scénariste de courts et longs-métrages en machinima (images de synthèse issues de jeux vidéo), et a une expérience professionnelle de pigiste dans différents médias tels que le journal Le Point (hors-série Références), PC Jeux et Millenium Source, ainsi que d'auditeur de service client, de programmeur Visual Basic et de démonstrateur produit.

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