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Après Avignon, Antoine de Baecque retrace l’histoire du Festival d’Automne chez Gallimard

Après Avignon, Antoine de Baecque retrace l’histoire du Festival d’Automne chez Gallimard

01 novembre 2016 | PAR Christophe Candoni

Merce Cunningham, l’Einstein de Bob Wilson, Patrice Chéreau dans Coma, une de ses dernières apparitions en scène… voici trois figures mythiques du Festival d’Automne qui ornent de leur présence la couverture orange irradiant du nouveau livre d’Antoine de Baecque. Après son ouvrage consacré au Festival d’Avignon, l’historien de la culture retrace quatre décennies de création internationale et pluridisciplinaire au Festival d’Automne de sa fondation en 1972 à aujourd’hui.

Tous les mois de septembre, le Festival d’Automne sonne l’heure de la rentrée culturelle et fait figure d’événement. Inhabituellement lancée à la halle Babcock où se sont donnés les spectaculaires Frères Karamazov du berlinois Frank Castorf avec les comédiens de la Volksbühne, sa 45e édition bat son plein.

Assigné à aucun lieu, le festival itinérant investit les planches des théâtres partenaires comme des lieux plus atypiques dans Paris et sa banlieue. Sa programmation est autant axée sur le théâtre et la danse que sur la musique, les arts visuels et plastiques. Les plus grands noms de chaque discipline répondent présent. L’affiche du festival est chaque année réalisée par une signature d’envergure du monde de l’art : Alechinsky la première édition, Dubuffet, la deuxième, suivis de Miro, Boltanski, Lichtenstein, Pollock, Kapoor, Barcelo.

En produisant et accompagnant les artistes les plus novateurs et audacieux de la scène internationale, le Festival d’Automne avait, au début des années 70, la vocation de donner un bon coup de fouet à une vie artistique française essoufflée et autocentrée en affichant sans complexe un cosmopolitisme des plus salutaires. Contesté car jugé « trop étranger », le festival construit et consolide son identité dans un désir d’ailleurs et de nouveautés.

Dès le début, l’Amérique est mise à l’honneur avec le singulier Robert Wilson, qui en 1972 monte Le Regard du sourd et récidive en 1976 avec Einstein on the beach, deux propositions scéniques radicales faisant foi en un art total. Figure d’avant-garde par excellence, le jeune américain devient finalement plus apprécié, voir adoré, en Europe que sur son continent. Suivent la Schaubühne, l’innovante scène berlinoise de Stein et Grüber, Strehler avec le Piccolo Teatro de Milan. Kantor, Brook, Brown, Childs, Lupa, Garcia, Castellucci, Keersmaeker…

La scène française semble en reste. C’est sans compter sur la présence d’un Chéreau qui en 1973 monte sa légendaire Dispute de Marivaux, de Lavaudant, Mnouchkine, de la révélation d’un Baunschweig (qui monte Ajax de Sophocle à 28 ans seulement), de Py, plus tard de Creuzevault, Macaigne. Réputée élitiste et exigeante, la musique contemporaine est défendue par ses plus importants compositeurs à commencer par Boulez mais aussi Rihm, Nono, Berio, Stockhausen.

Tous sont accompagnés et programmés par Michel Guy, autodidacte indépendant d’esprit et sûr de ses goûts, curieux et passionné de spectacle vivant, amateur et collectionneur d’art, premier directeur d’un festival qui en 50 ans d’existence n’en a connu que trois. Il n’est pas un artiste comme le fut Vilar, le pape d’Avignon, mais l’ami et l’infaillible soutien de tous les artistes. Il n’est amené qu’une seule fois à se désolidariser d’un invité suite au dérapage de Hans-Jürgen Syberberg, violent envers des spectateurs mécontents. Le festival se fonde sur les choix personnels et intransigeants de son directeur engagé et pas intéressé par le succès facile. Il n’a jamais programmé un objet artistique sans être entièrement convaincu de son intérêt.

Discret et consciencieux, efficace, jamais dans l’autocélébration, Alain Crombecque, son fidèle collaborateur dès l’origine du festival, le remplace naturellement en 1991 et suit la même ligne pendant vingt ans. Mort en 2009 d’une crise cardiaque, sa dernière édition réunissant Régy, Brook, Bondy, Chéreau, Stein, Feldman, Kurtag, passe rétrospectivement pour une programmation involontairement testamentaire. Emmanuel Demarcy-Mota jeune directeur du Théâtre de la Ville prend les rênes du festival en 2012 et assure, à son tour, une politique de la fidélité, d’ailleurs peut-être plus à l’histoire qu’à l’esprit du festival. Il apparaît comme un continuateur, moins comme un défricheur.

L’histoire vivante du Festival d’Automne se dessine aussi grâce au travail de Marie Collin et Joséphine Markovits, qui, comme Pierre Bergé, d’autres artistes et personnalités de premier plan, prennent la parole dans le livre. Celui-ci est complété d’une riche documentation : reproductions de coupures de presses, extraits de dossiers et bibles de spectacles, belles illustrations. Un parcours passionnant.

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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