Cinema

Une journée de Jacob Berger : le tourbillon de la vie

14 mai 2009 | PAR Gilles Herail

jacob-bergerNeuf ans après Aime ton père, Jacob Berger revient au cinéma par la grande porte avec un très joli film, sombre mais jamais déprimant. Une journée se focalise avec talent sur quelques heures durant lesquelles la crise jaillit dans une famille tranquille. Récompensé en 2007 dans plusieurs festivals, le film a longtemps attendu un distributeur. L’attente a payé puisque le film sort finalement le 20 mai.

Passé un point de départ classique, Une journée renouvelle de façon plutôt maligne le genre du film puzzle pour nous raconter sous des angles différentes étapes de ce jour crucial. Jacob Berger nous invite à suivre simultanément le regard du père, de la mère, et du fils face à une révélation, un événement inattendu, une rencontre. Si Bruno Todescini incarne sans génie un mari trompeur, animateur de radio désabusé, Natacha Régnier est étonnante. Révélée dans la vie rêvée des anges, elle transmet à la perfection la rage contenue d’une femme trompée qui s’est trop longtemps tue. Sans éclats de voix ou pleurs hystériques, on ressent la détresse et la révolte de cette femme devant l’effacement qui l’a empêché de vivre. Jacob Berger réussit aussi particulièrement le portrait du fils, un enfant de 8 ans, tiraillé entre son premier amour, et ses parents qui s’éloignent.

Le réalisateur filme comme personne les habitudes et les gestes mécaniques du quotidien pour mieux les renverser. Il casse le rythme du train-train pour redonner du sens à ces moments insignifiants. Un petit déjeuner entre une mère et son fils, des regards échangés dans un bus : chaque instant renforce une tension permanente qui fait tout le sel du film. Cette atmosphère particulière est renforcée par une musique, centrale, lancinante, qui souligne les errances et le renouveau des personnages. La réalisation n’est pas en reste : Jacob Berger sait tenir une caméra et nous le montre. Parfois trop. Les symboles soulignés par des cadrages insistants et la sur utilisation des flous peuvent lasser. Le film reste ici prisonnier de son parti pris : tout est fait pour dynamiser une narration répétitive, qui filme parfois des scènes quasi identiques sous le regard d’un autre personnage.

Le film n’évite pas les baisses de rythme et les tendances auteurisantes mais laisse un goût étrange à la sortie de la projection. L’agréable impression d’avoir été surpris et dérangé par un objet original qui filme l’implosion d’une famille et des conventions. Emu aussi par des personnages qui se reconstruisent, réveillés par la vie. A voir donc, dans les quelques salles courageuses qui programmeront le film.

Gilles Hérail

L’élégance du violoncelle
Chronique de Cannes : où sont les stars ?
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *