Cinema
« The Woman King » : un premier film réussi sur les Amazones !

« The Woman King » : un premier film réussi sur les Amazones !

13 octobre 2022 | PAR Chloé Coppalle

Cette année, les Agodjié (Amazones en Français) sont à l’honneur ! Régiment de l’armée royale composé de femmes sous le Royaume du Danxomè (actuel Sud du Bénin, XVIIème-1894), leur histoire traverse les frontières grâce à la réalisatrice Gina Prince-Bythewood qui leur consacre The Woman King. Controversé, le film propose pourtant une première fiction intéressante et un portrait cinématographiquement puissant. À voir !

The Woman King : une première grande fiction historiquement intéressante.

Sous le règne du Roi Guézo (1818-1858), The Woman King raconte l’histoire d’une cheffe des Agodjié, Nanisca, et de son unité, qu’elle prépare à une guerre contre les ennemis du Danxomè : les cavaliers du Royaume d’Oyo (ancien royaume Yoruba du Nigéria). Le spectateur suit leur histoire, des nouvelles recrues, à leur formation, jusqu’aux champs de bataille. Tout d’abord, le choix d’une narration à l’échelle régionale, et non coloniale, est pertinent. Raconter une histoire précise du continent, indépendante des liens avec les empires coloniaux, est rare dans les créations portant sur l’Afrique. De plus, le film ouvre sur l’engagement de jeunes Agodji : par la guerre, ou par le cadre familial. Après un combat, une première recrue est faite prisonnière par les Agodjié. Ces dernières lui proposent alors de s’engager. Si elle refuse, elle sera vendue. Puis, le spectateur rencontre Nawi, amenée de force par son père devant le Palais du Roi. Nawi refuse de se marier avec un inconnu. Considérée par sa famille comme têtue et arrogante, elle est envoyée à l’armée comme de nombreuses jeunes femmes. Le troisième mode de fonctionnement était l’engagement volontaire. En ouvrant sur ces deux derniers modes de recrutement, The Woman King présente des aspects historiques intéressants.

Ces détails véridiques sont d’ailleurs courant dans le long-métrage : les Agodjié s’enduisant d’huile avant les combats pour que leur peau glisse afin de limiter les prises que pouvaient avoir leurs adversaires sur elles. La représentation du pacte de sang (pacte vodun les unissant spirituellement), mais aussi la question de l’enfantement, interdit au régiment, structurent la narration. Alors que les relations entre les personnages étonnent à juste titre, évoquer ce dernier aspect est pourtant judicieux. Parallèlement, certains détails architecturaux fonctionnent, comme la présence des escaliers dans le Palais du Roi Guézo. C’est son ami Francisco Féliz de Souza, esclavagiste, qui lui construit la première maison à étage du royaume, au sein des Palais.

Un film controversé, des critiques justifiées.

Le film montre pourtant le Roi Guézo repenser la position du royaume sur l’esclavage, presque de manière anti-esclavagiste. Or, la réalité est plus complexe. En 1833, la Grande-Bretagne déclare abolir progressivement l’esclavage, jusqu’à la volonté d’un arrêt complet en 1840. En 1848, la France l’abolit à son tour. Le règne de Guézo est donc marqué par ces positions étrangères, qui fragilisent le marché qui a lieu à Ouidah, au sein du Danxomè. De nouveaux commerces doivent donc être développés pour préserver l’économie du royaume. De ce fait, il aurait été intéressant d’aborder la position du Roi Guézo avec davantage de complexité.

Le deuxième point sont les relations entre les personnages. Les interactions ne correspondent pas complètement à la vie sociale et hiérarchique mise en place dans la vie civile et surtout, au sein des palais. Une Agodjié ne répond pas à sa supérieure. Nos confrères de JeuneAfrique ont précisé que les danses seraient « sud-africaines pour répondre à des contraintes techniques de la production, soucieuse également de s’adresser à une large audience africaine ». De la même manière qu’Arnaud Churin en 2019, qui mis en scène des chorégraphies inspirées d’arts martiaux dans Othello, pour proposer une pièce universelle, ces assemblages culturels peuvent laisser en suspend, surtout dans un film historiquement et culturellement délimité, tel que The Woman King.

Les critiques reprochent le côté hollywoodien d’un film tourné en Afrique du Sud alors qu’il raconte un pan de l’histoire du Bénin. Ces critiques sont justifiées, mais et après ? Qu’en reste-il ?

Et après ? Cinématographiquement, un film réussit, et des Amazones puissantes.

Il en reste un film qui ne se moque pas de son sujet et qui montre, cinématographiquement, les Amazones puissantes. À l’instar des aspects positifs cités dans le premier paragraphe, The Woman King est un film particulièrement bien réalisé. La mise en scène du régiment est impressionnante. Visuellement, le film est fort, et il met en lumière la grandeur et l’invulnérabilité de ces militaires. La production met à l’honneur une armée royale à la réputation considérable. Dans les scènes de guerre, les femmes sont filmées comme on filmerait des hommes. Leurs techniques du corps à corps qui faisaient leur force militaire sont tournés dans des combats spectaculaires.

Bien que réalisé en Afrique du Sud, The Woman King évoque un sujet d’actualité au Bénin. Début 2022, les visiteurs de l’exposition « Art du Bénin, d’hier à aujourd’hui » ont pu découvrir dans le Palais de la Présidence une fresque monumentale réalisée par Drusille Fagnibo représentant les Agodjié. Quelques mois plus tard, le 30 Juillet 2022, le Président de la République Patrice Talon inaugure L’Amazone, une sculpture de près de trente mètres de hauteur, à Cotonou. Le film n’est donc pas déconnecté des intérêts culturels du pays. D’ailleurs, The Woman King aurait pu se tromper mille fois, et pourtant, il fonctionne. Certes, il y a des irrégularités, mais d’autres productions viendront les corriger. Pour un premier long-métrage ayant autant de visibilité sur le sujet des Agodjié, le film est juste, d’autant plus qu’il choisit l’angle d’une histoire régionale, souvent méconnue des publics internationaux. Il nous entraîne dans la puissance et l’émotion de son récit, que porte à merveille Viola Davis. Un grand bravo pour cette première grande fiction ! 

 

©Affiche du film.

Réalisation : Gina Prince-Bythewood
Casting : Viola Davis, Thuso Mbedu, Lashana Lynch, Sheila Atim, Hero Fiennes Tiffin et John Boyega
Sortie française : 28 septembre

 

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Chloé Coppalle

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