Cinema

Reprise : Solo pour une blonde, pulp fiction et blonde explosive

20 août 2010 | PAR Olivia Leboyer

Est-il bien nécessaire d’écrire une critique pour donner envie de voir ce film ? Un coup d’œil à l’affiche suffit. Elle en résume d’ailleurs parfaitement l’argument : une bonne vieille intrigue tordue, d’un noir bien épais, prétexte à nous montrer Shirley Eaton en maillot de bain le plus souvent possible. Et la promesse est tenue. La blonde se prélasse en deux-pièces sur un transat, sur un matelas pneumatique, prend de nombreuses douches, ne mettant son peignoir que pour mieux l’ôter.

Qui est cette Shirley Eaton ? Actrice oubliée, gloire éphémère des années cinquante et soixante, c’est elle qui était recouverte d’or dans Goldfinger. Si elle laisse une filmographie peu consistante, elle possède certains atouts indéniables. Blonde sculpturale, aux traits bien dessinés, elle a un visage de caractère, à l’expression affirmée. Une blonde explosive, à l’opposé d’une beauté glacée (un genre d’Eva Mendes ou de Scarlett Johansson des fifties). Jonathan Coe en a d’ailleurs fait la figure centrale de son best-seller sur l’histoire du Royaume-Uni dans les années 80, Testament à l’anglaise. Il la décrit comme la femme fatale par excellence, prédatrice sexy et castratrice.
Bonne surprise, il y a aussi un film, et de très bonne facture. Le scénario est adapté d’un roman noir de Mickey Spillane, le créateur du détective Mike Hammer, et qui joue lui-même le rôle de Hammer ! Or, s’il sait écrire de savoureux dialogues argotiques, Mickey Spillane est également très séduisant, avec son profil d’aigle et son regard fatigué.
Comme dans les meilleurs romans noirs, de Chandler (Adieu ma jolie, Le Grand Sommeil, ou Fais pas ta rosière), James Eastwood (La Femme à abattre) ou Dashiell Hammett (La Moisson rouge, Sang maudit), le détective se fait assommer avec une régularité de métronome, boit comme un trou (au début du film, Mike Hammer est un véritable bum, tombé dans l’alcool et les errances nocturnes), comprend tout à retardement, et traîne un spleen indécrottable (Shirley Eaton se jette quasiment sur lui, mais il n’oublie pas son amour perdu, sa sécrétaire Velda, qui a mystérieusement disparu).
La blonde Shirley Eaton, veuve d’un sénateur assassiné, connaît tout de l’amitié, de l’amour et même de la géopolitique ! Dialogues à double sens, érotisme, bagarres rythmées (au son d’une espèce de vague mambo !) et amusantes (toute une panoplie d’outils effrayants permet de se débarrasser des truands), ponctuent une enquête alambiquée et trépidante. Entre les petites ruelles sombres et la grande piscine lumineuse de la blonde, Mike Hammer traîne ses soupçons, attendant un soubresaut d’intuition pour relier enfin les faits.
Sans prétention, le film constitue un divertissement très agréable, surtout pour les familiers du genre (parodie de film noir).
Et la fin est tout à fait sensationnelle !!

Solo pour une blonde (The Girl hunters), de Roy Rowland, avec Mickey Spillane, Shirley Eaton, G.-B., 1963 ; sortie le 18 août, à l’Action Christine et au MK2 Beaubourg)

Solo pour une blonde de Roy Rowland à nouveau sur grand écran
Les ensorcelants yeux bleus des mères
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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