Cinema

[Berlinale, Compétition]« Queen of the desert », le mélo orientaliste de Werner Herzog

[Berlinale, Compétition]« Queen of the desert », le mélo orientaliste de Werner Herzog

07 février 2015 | PAR Yaël Hirsch

Budget énorme, portait de femme orientaliste, costumes chatoyants et casting flamboyant (Kidman, Franco, Pattinson et Lewis) ne sauvent pas Queen of desert de sa médiocrité grandiloquente.

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La projection presse de Queen of the desert était pleine à craquer une demi- heure avant la projection. Tous attendaient beaucoup du prophète Herzog en son pays, avec un casting hollywoodien. Peine perdue : dès les premiers plans nébuleux d’un désert de téléfilm, on se dit que quelque chose cloche. Un tour de table bavard où Pattinson donne un cours de géopolitique en T. E. Lawrence avec un torchon sur la tête, on se dit qu’Angélique Marquise des anges, elle, n’osait pas nous donner des leçons… Et le reste s’enchaîne à l’avenant autour d’une Nicole Kidman qui n’est pas sortie des manières de Grace de Monaco pour jouer une orientaliste anglaise spécialiste des bédouins à la veille de la Première Guerre mondiale, Gertrud Bell. On la suit de manière longue et très « exotique » quitter le verdoyant foyer anglais pour tomber amoureuse autour de poèmes persans d’un attaché d’ambassade à Téhéran (James Franco, fat, gras et absolument faux à chaque ligne de dialogue de téléfilm de M6). Elle ne peut l’épouser, il se suicide, elle décide que son cœur appartiendra au désert et va rencontrer les bédouins. Au début seule, après, de manière plus politique, notamment pour souffler aux britanniques comment dessiner leur indépendance après la chute de l’Empire Ottoman.

Les clichés orientalistes (référence à Lawrence d’Arabie ?) rivalisent avec les clichés amoureux (prise de main tralala, silence et verre cassé d’émotion à la nouvelle du suicide du deuxième amour, déclarations intempestives…) dans une suite absolument inintéressante de saynète où la reine du désert part, puis revient au Caire, puis se refuse à un homme, puis repart dans le désert. C’est long, fastidieux et très mal joué (la faute aux dialogues) et les plans sont tellement télécommandés qu’on a peine à apprécier les paysages. Restent l’adorable Damian Lewis rescapé de Homeland, les costumes et les boucles d’oreilles en émeraude de Nicole Kidman, toute de noire vêtue et carré strict, à la conférence de presse. On aurait presque espéré que Herzog nous déclare qu’il s’agissait d’une pastiche ou d’une blague de potache, mais pas du tout ! L’équipe plus habillée pour un enterrement que pour un festival n’en pouvait plus de parler de la Syrie actuelle en termes vagues et de vanter l’héroïne trop méconnue que Herzog a sortie des limbes de l’Histoire. Un désastre assumé.

Queen of the desert, de Werner Herzog, avec Nicole Kidman, James Franco, Damian Lewis, Robert Pattinson, USA , 128 min, en compétition.

visuels : photo officielle & conférence de presse (c) YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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