Cinema
Où se cache l’avant-garde au cinéma?

Où se cache l’avant-garde au cinéma?

27 mars 2014 | PAR Enora Le Goff

Malgré la présence de quelques cinéastes qui sont (et qui ont en quelque sorte toujours été) d’avant-garde, on peut aujourd’hui se demander si le cinéma propose une réelle avant-garde, construite et structurée? Dans l’histoire du cinéma de nombreux mouvements ont été construits en tant que mouvements d’avant-garde, de changements radicaux, d’expérimentations, dans ce cas on peut citer les avant-gardes des années 20 (cinéma soviétique, impressionnisme allemand…), la Nouvelle Vague française des années 50, l’underground des années 60, le Nouvel Hollywood des années 70… un ensemble de constructions artistiques prônant le changement et l’expérimentation cinématographique. Mais ce désir d’avant-garde est-il encore présent dans les créations cinématographiques, est-il visible et reconnu comme pouvait l’être la Nouvelle Vague à l’époque?

Il semble en effet actuellement difficile de désigner véritablement un courant du cinéma qui se démarquerait par son originalité. Selon Benjamin Léon, professeur de cinéma à Paris 3  » L’absence de mouvement aujourd’hui (clairement unifié, mais l’avant-garde l’a t-elle jamais été ?) semble avoir fait disparaître l’utopie même de l’avant-garde. Il reste quelques traces ici ou là, mais il semble difficile aujourd’hui de parler d’avant-garde cinématographique dans le (même) sens qu’hier. » Il est vrai que depuis bien longtemps le cinéma (français du moins) n’a pas offert quelque chose de véritablement neuf, on peut toujours citer des cinéastes comme Justine Triet et Antonin Peretjaklo (réalisateurs respectifs de La bataille de Solferino et La fille du 14 juillet) mais… Car oui, il y a mais, certes ce “nouveau cinéma français” comme beaucoup aiment à l’appeler est original, loufoque et engagé, malheureusement son mode de création ne change guère de l’idée du film d’auteur qui nous poursuit depuis les années 50. A quand des changements réels de création, de production, de diffusion? A quand la structuration d’un mouvement d’avant-garde, certes l’expérimental existe, mais l’expérimental seul peut-il marquer, peut-il influer comme avant-garde sans création d’un mouvement unificateur?

Dans la chambre de Vanda

Passer par le circuit de diffusion des salles classiques serait impossible pour une avant-garde sortant véritablement des carcans du cinéma plus “classique”, c’est pourquoi il existe de nombreuses structures de diffusion du film expérimental comme Lightcone ou encore les séances mises en place au centre Pompidou. Selon Benjamin Léon « l‘avant-garde semble avoir aujourd’hui une visibilité plus grande, notamment dans les réseaux parallèles et à l’heure de la révolution des supports numériques. L’avant-garde reste néanmoins cantonnée à des circuits de distribution mineur. Là est sa force si elle veut rester indépendante » Mais même si ces structures proposent des œuvres cinématographiques récentes, il faut bien avouer que l’on revient souvent à la base de l’expérimental, à savoir l’underground américain des années 60 (illustration avec la ressortie récente de Portrait of Jason de Shirley Clarke de 1967).

Il suffit de considérer les cours d’enseignement du cinéma, le cinéma contemporain sert d’exemple pour des théories connues et reconnues, comme si rien de bien n’avait été fait depuis Deleuze et Bazin… L’enseignement se centre sur des films exceptionnels dans leur réalisation mais venant souvent d’avant-gardes passées (cinéma soviétique, underground des années 60, Nouvel Hollywood…) Rarement sont abordés des cinéastes comme Pedro Costa, réalisateur portugais qui par le documentaire aborde dans sa filmographie la vie des marginaux et immigrés lisboètes. Pourtant son travail est véritablement avant-gardiste, dans La chambre de Vanda il se pose en témoin de la destruction d’une femme par la consommation quotidienne d’héroïne. Destruction de la personne humaine mise en parallèle à la destruction matérielle (par des bulldozers) du quartier dans lequel elle vit. Ce cinéaste questionne (comme ont pu faire les Straub à une époque) le rapport entre celui qui filme et celui qui est filmé, l’instance caméra est pensée au plus haut point. Pedro Costa est un avant-gardiste dans son rapport au corps et à la caméra, pour autant son nom n’est pas prononcé dans les cursus universitaires, comme si l’avant-gardisme ne pouvait exister au présent…

Pour Benjamin Léon la situation est bien plus complexe qu’une simple absence d’avant-garde, mais résulterait plus d’une absence de distance « le champ cinématographique d’aujourd’hui n’a pas fait l’objet d’un travail théorique permettant de renouveler l’étude des avant-gardes actuelles »

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Enora Le Goff

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