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La Bataille de Solferino, un film d’une vitalité folle avec Vincent Macaigne

La Bataille de Solferino, un film d’une vitalité folle avec Vincent Macaigne

25 août 2013 | PAR Olivia Leboyer

Le 6 mai 2012, François Hollande remporte l’élection présidentielle. Au même moment, au même endroit, une autre bataille, intime, se déroule et se déploie depuis un appartement jusque dans le vaste espace public ! Un film très réussi, insolite, drôle et touchant. Ne le manquez surtout pas ! Sortie le 18 septembre.

[rating=5] Justine Triet (Vilaine Fille, Mauvais Garçon, 2010) filme ici une bataille post-conjugale d’une grande vitalité, qui commence par un coup de fil pour se déployer à la hauteur de l’événement du jour, en pleine rue, au milieu de la foule. Vincent, qui sort d’HP (Vincent Macaigne, que l’on a adoré dans Un monde sans femmes et Ce qu’il restera de nous), vient voir ses deux petites filles, comme le juge l’y autorise. Seulement, c’est la veille qu’il aurait dû venir et aujourd’hui, le 6 mai, Laetitia est accaparée par son travail : journaliste sur I-TV, elle doit commenter l’élection présidentielle !
Entre un jeune baby-sitter un peu sur le qui-vive, deux gamines survoltées, grenat à force de hurler, et un nouvel homme dans sa vie, Laetitia a fort à faire. D’autant que Vincent peut se montrer violent. Au cours de cette journée trépidante, où le père indésirable va d’humiliation en humiliation, Laetitia assure son direct à la télé et suit, par téléphone, les tentatives du baby sitter et du voisin pour empêcher Vincent d’entrer. Stressée, acculée, elle a soudain l’idée saugrenue d’interposer la foule du 6 mai entre les enfants et leur père. Au beau milieu de la foule déchaînée, la dispute prend soudain des allures étonnantes, comme dans un miroir déformant. Vincent, en apparence très doux mais qui part au quart de tour pour se lancer dans des séries de cris d’orfraie, semble concurrencer la masse de militants surexcités. Et, c’est bien connu, la promiscuité de la foule décuple l’anxiété… De manière quasi documentaire, Justine Triet suit l’emballement de la journée, entre témoignages, parfois édifiants, de militants de droite ou de gauche, images de foule captées d’en haut, et retours brusques sur cette cellule familiale affolée, en pleine panique. Le ton est vif, mordant, plein de vie. Les torts sont des deux côtés, Laetitia et Vincent ne parvenant qu’à s’éviter ou à se hurler dessus, avec néanmoins une vraie complicité dans l’art de l’insulte ! Si la jolie Laetitia semble équilibrée et réfléchie, ses sautes d’humeur, presque aussi fortes que celles de Vincent, nous donnent une idée de l’harmonie chaotique qui a dû, jadis, exister entre eux. Cet amour passé, c’est le nouvel amant, Virgil (Virgil Vernier, drôlissime, dont nous avons récemment beaucoup aimé le film Orléans) qui va en parler, librement, de manière très décalée.

Entre ce nouvel homme cool et, lui aussi, bien farfelu, les enfants, le baby sitter à contrecoeur, et un drôle d’avocat lunaire (Arthur Harari, flegmatique et charmant) flanqué de sa chienne Labrador, et l’incontrôlable Vincent, la journée de Laetitia sera épuisante. Visage tour à tour crispé, apeuré ou soudain combatif et ouvert, Laetitia Dosch impressionne.

Un film « total », mélancolique, extrêmement drôle, heurté, plein de vitalité. A voir absolument !

La Bataille de Solferino, de Justine Triet, France, 94 minutes, avec Laetitia Dosch, Vincent Macaigne, Arthur Harari, Virgil Vernier, Marc-Antoine Vaugeois. Sortie le 18 septembre 2013.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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