Cinema

Mostra de Venise ep. 6 : l’Après Mai d’Assayas & la Pieta de Kim Ki-Duk

04 septembre 2012 | PAR Raphael Clairefond

Avant les kids américains hyper-sexy d’Harmony Korine présentant le lendemain le Spring Breakers d’Harmony Korine, les petits français branchés et sophistiqués d’Olivier Assayas étaient tous là pour défendre Après Mai, deuxième et dernier film français en compétition.

Le tandem qu’il forme avec Xavier Giannoli a de quoi laisser perplexe et ne fait vraiment, mais alors vraiment pas honneur à ce que le CNC appellerait « la diversité de la création française ». Pour nous remettre de notre agacement, un bon petit film coréen (comprendre : violent et manipulateur) nous attendait au tournant : Piétà de Kim Ki-Duk.

 

Le film du jour : Après Mai d’Olivier Assayas

Hasta la revolucion

 

En conférence de presse, Assayas s’exprime bien, avec ce ton de dandy un peu précieux et le débit rapide qui le caractérise. Fort de ses débuts de critique, il pense sa démarche et ne se fait pas prier pour la développer, en français, comme en italien. Au détour d’une question sur l’art, et l’importance de la recherche d’une nouvelle syntaxe, il déclare avoir toujours voulu faire des films que d’autres n’avaient pas fait auparavant, délimitant ainsi un « territoire de cinéma » qui lui serait propre.

Difficile, pour ne pas dire impossible de retrouver les traces d’une telle ambition dans son dernier film plus ou moins autobiographique, chronique de la jeunesse française bourgeoise des années 70, entre militantisme gauchiste, mouvance hippie et aspirations artistiques. Intéressez-vous à la narration, à la mise en scène, à la direction d’acteur, ou à l’éclairage, vous serez bien en peine d’y trouver la moindre idée neuve et personnelle. Parangon de cinéma du milieu au sens le plus péjoratif du terme (c’est-à-dire : mou), le film s’insère simplement dans la filmographie d’Olivier Assayas, comme une nouvelle pierre sur un mur de plus en plus banale. De Carlos, on retrouve le goût des pérégrinations à l’étranger et cet intérêt pour le gauchisme résistant, cette fois à la lisière entre le militantisme et le terrorisme ; de L’Heure d’été (pour la scène finale de la boum), cette envie de filmer la jeunesse pleine de vie, circulant dans de grandes maisons bourgeoises. On le savait déjà : Assayas sait filmer avec une certaine efficacité cette époque, et, avec Eric Gauthier à l’image, il met en scène sans problème de beaux jeunes hommes et de belles jeunes femmes dans une nature impressionniste. Bon, et après ?

Johnny Flynn se la joue hippie

 

Le film est surtout extrêmement pénible dans la construction artificielle de ses dialogues qui visent soit à faire avancer des amourettes plutôt convenues, soit à renseigner sur l’époque (la free press, le cinéma militant, etc), soit à exposer les dilemmes existentiels de ces adolescents traînant partout leur mine toujours sérieuse, mélancolique, voire neurasthénique. N’ayant pas participé à cette époque, on n’osera pas accuser Assayas de n’être pas réaliste, mais tout de même, où peut-on voir une jeunesse qui n’esquisse pas un sourire, ou presque, durant deux heures ? Chez Philippe Garrel ? Même pas sûr. Il faut dire que la bande d’acteurs, tous indolents, n’aide pas à susciter l’empathie.

Toujours en conférence de presse, Assayas confesse avoir hésité à clore le film par un carton « R.I.P Underground Culture » (de mémoire), sans même se demander si d’autres formes de contre-culture ne continueraient pas à se développer, sans qu’il puisse s’en rendre compte car il n’a plus l’âge d’en faire partie. Après Mai est l’oeuvre d’un nostalgique qui rend hommage à l’époque dans laquelle il s’est formé, réalisant par la même occasion que les jeunes d’aujourd’hui, du moins une certaine jeunesse aisée et parisienne, n’a gardé de cette époque que deux choses : les fringues et la musique.

Oui, les jeunes ont changé, mais ne serait-il pas plus intéressant, pour lui, de faire un film contemporain pour comprendre justement ce qui a changé, plutôt que de raconter ses souvenirs dans un élégant livre d’images qui ne se hisse jamais vraiment au dessus de l’honnête téléfilm ? C’est ce qu’avaient tenté Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (La Question humaine) avec Low Life, il y a quelques mois. Contrairement au film d’Assayas qui sera probablement encensé par toute la presse, le leur a été assassiné partout en quelques lignes. Apparemment, avoir le courage et l’énergie de s’intéresser aux luttes contemporaines de la jeunesse (les sans-papiers ont remplacé les ouvriers), à de nouvelles manières de s’engager, en articulant encore et toujours art et politique, avec la même naïveté, la même mélancolie et la même quête d’idéalisme des années 70, mais transposée en 2012, ce n’est pas très vendeur. Il faut croire que le romantisme ténébreux et poétique du couple Klotz-Perceval séduit moins que ce naturalisme plat et consensuel qui sied si bien à toute bonne reconstitution.

Les premiers tissent un réseau de résistance souterrain, pendant que le second continue à entretenir son héritage, ses souvenirs, comme on nettoie et polit une vitrine de musée. On peut ne pas supporter l’oeuvre et le style de poètes maudits de Klotz et Perceval, mais personne ne peut leur retirer cela : ils construisent un « territoire de cinéma » qui leur est propre. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde, n’en déplaise à Oliver Assayas.

 

Pietà de Kim Ki-Duk

Mother

 

L’autre film de la sélection était l’oeuvre du coréen Kim Ki-Duk, de retour après s’être retiré du monde (ce qu’il avait raconté dans le documentaire Arirang) à la suite d’un accident de tournage qui avait failli coûter la vie à l’une de ses actrices. Ne connaissant pas ses 17 autres films, Pietà se présente avant tout à nous comme un film coréen dans la veine violente, manipulatrice et affreusement perverse, fièrement représentée par Park Chan-Wook, Kim Jee-Woon et, dans une moindre mesure (car il a beaucoup plus de talent et d’humour), Bong Joon-Ho. Et de fait, on est servis.

Pietà s’intéresse à un jeune homme solitaire, embauché pour récupérer l’argent emprunté à un taux exorbitant par les petits artisans pauvres d’un quartier promis à la destruction pour faire place nette aux buildings de l’économie tertiaire. Cruel et insensible, il n’hésite pas à écraser des bras et des jambes pour estropier les pauvres prolétaires et récupérer l’argent des assurances, ce qui nous vaut quelques scènes de torture dont s’abstiendront les âmes sensibles. Alors qu’il se croyait orphelin, une femme étrange débarque dans sa vie et affirme être sa mère. A ses côtés, il redeviendra un peu plus humain, et fera, dans ses bras, l’expérience de la pitié promise par le titre.

Son intrigue plutôt bien ficelée ne nous épargne pas, hélas, les pseudo-provocations sexuelles incestueuses, et l’on voit mal comment l’on pourrait pardonner à Kim Ki-Duk les obsessions sordides que l’on reproche à Seidl.

Crédits photo : MK2

 

 

 

 

 

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One thought on “Mostra de Venise ep. 6 : l’Après Mai d’Assayas & la Pieta de Kim Ki-Duk”

Commentaire(s)

  • julian-baylot

    Tout à fait d’accord avec vos critiques de ces deux films:
    le premier inodore, incolore et sans saveur, le jeu des acteurs complètement compassé et antinaturel au possible mais peut-être est-ce un effet de « syntaxe » cinématographique!
    Je second, noir, violent et pervers…insupportable, d’ailleurs j’en sors après 30 minutes de projection, dans l’arena de San Polo, c’est dire.
    Je suis ravie de trouver un écho à mes ressentis personnels. Vous me rassurez.

    septembre 5, 2012 at 21 h 20 min

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