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L’affaire Millet, c’est ce soir ou jamais

L’affaire Millet, c’est ce soir ou jamais

04 septembre 2012 | PAR Charlotte Bonnasse

Ce soir sur France 3, Richard Millet paraîtra dans l’émission Ce soir ou jamais, à  la suite des violentes polémiques concernant la parution de son ouvrage Eloge littéraire d’Anders Breivik.

Focus sur ces quinze derniers jours : Richard Millet, éditeur installé chez  Gallimard, publie en cette rentrée littéraire un Éloge littéraire d’Anders Breivik. Cet opuscule de 18 pages reprend les actes terroristes de Breivik en juillet 2011, l’attentat à la bombe et la tuerie de masse de 77 civils, pour réfléchir sur la perte d’identité des pays européens et les conséquences du multiculturalisme. L’auteur ne mâche pas ses mots pour dénoncer l’ « immense mensonge médiatique » qui consiste à faire accroire qu' »il serait possible qu’un homme venu de Syrie puisse se fondre dans la population aussi simplement qu’un autre venu de Belgique ». Le cas Breivik serait une ultime force d’expression de cette perte de repères :  » je constate que la dérive de Breivik s’inscrit dans la grande perte d’innocence et d’espoir caractérisant l’Occident, et qui sont les autres noms de la ruine de la valeur et du sens ». Si à plusieurs reprises Millet condamne les actes de Breivik, il leur reconnaît une certaine « perfection formelle », pour enfin repiquer sur un de ses thèmes favoris (la liberté d’expression), dans une implacable ironie : « Cette chère, si précieuse liberté d’expression, il nous faut l’employer, mais à condition de ne rien dire, sinon ce vague discours droitdelhommesque. Mais même sur ces points, la France n’est pas exceptionnelle : c’est ainsi pour toute l’Europe qui meurt d’insignifiance et de consensus. »

L’ouvrage aux lignes corrosives défraie la chronique et provoque des réactions en chaîne, à commencer par sa propre maison d’édition : plusieurs auteurs Gallimard montent au créneau, comme Annie Ernaux et Taha Ben Jelloun,  qui jugent ses propos « incompatibles avec son statut d’éditeur ». Pierre Assouline qualifie cette vision de « choquante » et d' »obscène », Jérôme Garcin parle d’un « livre abject ». Pour beaucoup, l’écrivain talentueux est en train de se suicider sur place.

Cela dit, pour mettre sur le tapis la question de la liberté d’expression dans les pays occidentaux, il a été gagnant. Assailli, fustigé par les médias, l’auteur s’en tire à bon compte. Peut-être ne peut-on pas parler de tout et n’importe quoi sous prétexte de faire de la littérature. Car si l’auteur, à bon droit, soulève la question si exigeante et obligeante de l’identité culturelle, il semblerait que le cadre historique choisi à cette réflexion n’ait pas été des plus judicieux… ou que son auteur ait oublié la pudeur qui doit côtoyer de si près la mémoire. Enfin, peut-on, sous couvert d’écrire des livres, se permettre de parler de tout avec la même froideur…?

Quoiqu’il en soit, une odeur de souffre planait déjà sur l’auteur avant ce fameux Eloge littéraire d’André Breivik : nombreux ont fait part de leur désapprobation quant aux propos tenus par l’éditeur en juin 2011 au micro de France-Culture face à Alain Finkielkraut. Ce n’est qu’un cas parmi d’autres : l’auteur a déjà bon nombre de propos réac’ à son actif, ce n’est pas comme si c’était nouveau.

Pour la suite, Richard Millet, qui s’est entretenu hier en privé avec Antoine Gallimard pour évoquer les suites de son engagement dans la maison d’édition, apparaîtra ce soir sur le plateau de Ce soir ou jamais sur France 3.

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Charlotte Bonnasse

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