Cinema
[Live-report] Festival Entrevues, premier jour à Belfort

[Live-report] Festival Entrevues, premier jour à Belfort

01 décembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

La 28ème édition du Festival Entrevues s’est ouverte dans une Lumière éclatante, ce samedi 30 novembre, à Belfort, dans une journée tournée vers le patrimoine cinématographique international : en effet, alors que c’est Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir qui a été choisi pour la cérémonie d’ouverture, les films de la compétition ne commencent à être projetés que ce dimanche. Il a donc fallu choisir entre plusieurs grands classiques du 7ème art avant de fêter au champagne le début des festivités…

Arrivés un peu tard de la gare TGV pour nous glisser à la première séance de la journée, nous sommes tout de même allés récupérer nos badges dans la nef du multiplexe Pathé qui accueille chaque année Entrevues depuis 2002, prouvant qu’il n’y a pas d’incompatibilité, bien au contraire, entre industrie cinématographique et cinéphilie.

A 16h30, alors que dans le cycle La commedia des ratés, Charlie Chaplin faisait salle comble avec La ruée vers l’or auprès d’un public qui a amené les enfants, nous nous sommes dirigés vers le premier film projeté de l’invité n°1 de cette 28ème édition : Jacques Doillon. Alors que le réalisateur doit arriver cette semaine avec des invités qui étaient sur certains tournages pour en parler, dans une nouvelle section qui s’intitule « La Fabrica », c’est avec beaucoup d’émotion que nous avons découvert ce chef d’œuvre qu’est La drôlesse. Dans ce film tiré d’un fait divers et extrêmement concentré, qui met en scène l’enlèvement d’une fille de 11 ans par un gringalet un peu simple de 17 ans, Jacques Doillon se concentre exclusivement sur la relation que nouent ces deux maltraités par leurs familles. De par la sensualité aussi éclatante que malsaine de la petite, il y a quelque chose de l’ordre du vieux couple entre la gamine séquestrée consentante et son ravisseur qui se plie en quatre pour lui plaire. Claude Hébert et Madeleine Desdevises, les deux acteurs principaux, sont d’une justesse incroyable dans chaque geste et chaque mot, dans ce film qui serre la gorge à montrer combien un monde d’adultes indifférents peut brouiller tout repère auprès de jeunes âmes – et de jeunes corps- avides d’amour. Et quand la victime et son « bourreau » se « câlinent », la tendresse qui se dégage de leur étreinte est à la fois malsaine et bouleversante… Une oeuvre magnifique et poignante pour bien commencer le festival.

Juste le temps d’un peu d’air frais dans la nuit qui vient de tomber et nous enchaînons sur le film de 18h30. Entre le cultissime Halloween, du cycle John Carpenter, Une question de vie ou de mort de Michael Powells et Emeric Pressburger et Mon homme Godfrey de Gregory La Cava, le choix est aussi radical que cornélien. Nous optons pour le dernier opus, film hollywoodien des années 1930 qui met en scène avec un humour sec et sans gants la balade de la différence sociale en temps de grande dépression. Deux filles à papa du Upper east side de New-York (Carole Lombard et Gail Patrick) doivent rapporter dans une fête huppées « quelque chose » dont personne ne veut, pour gagner un jeu. C’est à qui ramènera la première ramènera un « exclu », c’est-à-dire un clochard. Dans une décharge, elles tombent, toutes robes de soie et rire d’oie dehors, sur Godfrey (William Powell) qui envoie paître l’aînée sans respect pour rien, ni personne. Dramatiquement bête, la cadette a bon cœur et, autant par curiosité que pour l’aider Godfrey la suit. Pour le remercier d’être allé contre sa fierté, la jeune fille de bonne famille propose à Godfrey le poste vacant de majordome. Mais le poste n’est pas vacant pour rien, c’est dans une véritable famille de fous que tombe Godfrey, rasé de près et bien habillé. On rit jaune avec vive délectation dans cette comédie où les ratés sont plutôt les riches bourgeois, tandis que le vif SDF accroché à son plateau marche vite vers une certaine rédemption sociale… Démarrant en trombe sur des dialogues ciselés à la feuille d’or, le film s’essouffle un peu en cours de route, mais sans jamais se départir de sa tonalité marquante et de son parti pris de présenter une critique sociale violente sur le mode de la comédie…

20h00, déjà, dans la grande et majestueuse salle 15, la cérémonie d’ouverture commence, tout à fait ponctuellement. C’est le président de l’association Cinémas d’aujourd’hui Gilles Levy, qui commence, avec un beau discours très bien écrit, sur la question pertinente de savoir pourquoi, même en temps de crise où les médias nous disent que le public a besoin d’entendre des « success stories », au cinéma, nous préférons les ratés magnifiques comme Chaplin … Un représentant du CNC lui succède et fait un bel état des lieux du festival qui a réuni plus de 20 000 spectateurs l’an dernier et qui présente cette année 130 films et 170 séances. Rappelant l’importance du festival, notamment dans le cadre de la demande de la ville d’obtenir le titre de « Ville d’art et d’histoire », le maire adjoint délégué à la culture, Robert Belot, prend place derrière le pupitre pour donner à la directrice artistique du Festival, Lili Hinstin un languissant cours d’histoire sur Entrevues en 3 dates clés : les prémices en 1969, la création en 1986 sous les auspices de Jack Lang et avec le dynamisme de Janine Bazin, puis en 2002 l’emménagement des bureaux de l’association dans le nouveau cinéma Pathé qui a remplacé les abattoirs. Place ensuite au maire de Belfort, Etienne Butzbach, visiblement très heureux d’être là et très fier de fêter le Cinéma. Lili Hinstin vient enfin présenter la programmation d’un festival qui remet la compétition internationale pointue dans le contexte des influences de ses jeunes réalisateurs à travers des cycles originaux, et qui remercie avec éclat ses équipes de programmateurs et techniques d’avoir permis de lever le rideau sur un édition qui se présente déjà comme un succès vis-à-vis des cinéphiles et de l’ensemble du public de Belfort.
En ouverture, Michel Simon tient le haut de l’affiche, dans la comédie restaurée de Jean Renoir Boudu sauvé des eaux (1932) où il joue les clochards magnifiques, renversant tous les codes sociaux.

Cette première journée riche en émotions se termine par un cocktail dinatoire très convivial co-organisé par l’un des grands partenaires du festival : la société d’assurance Gan. Bulles à la main et 7ème art en tête, c’est directement dans l’entrée du complexe Pathé que la fête commence. Et s’étire lentement à travers la nuit étoilée jusque vers les 1h du matin. Rendez-vous ce dimanche 1er décembre pour un deuxième jour de festival où commence la compétition et où deux grands événements ont lieu : la projection du film perdu et retrouvé cet été de Orson Welles, Too much Johnson (1938) et l’hommage à Bernadette Lafont.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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