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[L’Étrange Festival] « Nina Forever » : le plaisir et la peine couchent dans le même lit

[L’Étrange Festival] « Nina Forever » : le plaisir et la peine couchent dans le même lit

08 septembre 2015 | PAR Willy Orr

Des lettres noires sont illuminées par un flash blanc qui ne dure qu’une seconde. Alors que cet étrange générique se déroule sous nos yeux figés en plein phare, un bruit de collision et de chute éclate. Premier plan, un motard est allongé sur la route, son véhicule encastré dans le décor. Un instant immobile il sursaute, comme ranimé ; Rob a survécu.  Pas sa petite amie Nina.

[rating=3]

Diffusé en première française dans le cadre de la sélection officielle, Nina Forever, réalisé par Ben Blaine et Chris Blaine, part d’une approche originale de la malédiction : que se passe t­-il lorsqu’un être aimé disparaît de notre vie après un accident mortel, pour revenir nous hanter lorsqu’on se noue sexuellement avec un amour nouveau ?

Nina est probablement le personnage d’ex petite amie le plus collant de l’histoire du cinéma, ce qui nous le rend immédiatement drôle et attachant (vous voyiez bien que vous n’étiez pas si horrible que ça à l’époque de votre dernière rupture !) La performance de son interprète, Fiona O’Shaughnessy, est d’ailleurs à saluer. Avec un ton très british, Nina Forever explore certains vices de l’être humain d’une manière intelligente. Le récit semble malgré tout s’étirer à la mesure d’une jambe broyée sur l’autoroute, laissant derrière elle une traînée de sang à la longueur effarante.

Le vrai monstre du film n’est finalement pas celui qu’on croit. C’est en effet l’obsession morbide de Holly, la nouvelle petite amie de Rob, qui est la raison de la venue de Nina. L’ancien couple est donc victime de la noirceur d’une jeune urgentiste, capable de regarder la mort dans les yeux avec un grand sourire en lui disant que « tout ira bien ». Cette non­gêne d’Holly, si elle peut conduire à des scènes franchement hilarantes, rend le personnage peu crédible. On dira qu’elle est « dark » ; elle ne l’est pas assez finement.

Le film met malheureusement trop de temps à énoncer clairement les positions des personnages vis-­à-­vis de Nina, et échappe donc à résoudre le nœud narratif que le film prend tout son temps à tisser (à savoir, pourquoi Holly est-­elle obsédée par Nina ?) Il eut été probablement plus pertinent de vite expliquer les raisons de la présence de Nina et de chercher une manière de dépasser son apparition, plutôt que de s’obstiner dans un schéma de déni (on nettoie l’appartement, on demande au cadavre de partir alors qu’elle n’est pas responsable, on l’ignore…) n’apportant pas grand-chose au film.

Voir Holly assumer sa fascination et tenter de se rapprocher d’un corps broyé par l’accident, sous le regard médusé de Rob, aurait par exemple été plus intriguant. Mais on préfère évincer la tentation nécrophile par un simple manque de sensation (et donc de plaisir) de Nina au moindre contact. So British !

Malgré tout, le film reste une bonne pastille humoristique, au ton résolument décalé et original. Les personnages des parents de Nina sont aussi la source de scènes particulièrement réussies, notamment un dîner de rupture où Rob explique qu’il doit avancer sans eux, et où le père de Nina laisse apparaître toute sa faiblesse. Film intriguant donc, clairement bien inspiré au niveau des idées, mais au scénario mal ficelé.

Peut-­être parce qu’il a été écrit par ses réalisateurs ? Le cinéma contemporain ayant une fâcheuse tendance à mélanger ces deux métiers, tâchons de rappeler qu’ils sont comme deux femmes différentes côtoyées dans un même lit ; mieux vaut ne pas confondre leurs prénoms !

NINA FOREVER 2015. Couleur. 98 mn. VOSTF. Réalisation : Ben Glaine, Chris Blaine.Production : Cassandra Sigsgaard.Scénario : Ben Blaine, Chris Blaine.Avec : Fiona O’Shaughnessy, Abigail Hardingham, Cian Barry.Pays : Angleterre.Genre : Comédie, Horreur. Première française.Compétition internationale.Film interdit aux moins de 16 ans..

Le programme complet de L’Etrange Festival se consulte par ici.

Visuel : (c)

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Willy Orr

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