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L’Etrange Créature du lac noir, la belle et les bêtes

L’Etrange Créature du lac noir, la belle et les bêtes

07 novembre 2012 | PAR La Rédaction

Un peu moins de soixante ans après sa sortie, L’Etrange Créature du lac noir ressort, en 3D, sur les écrans français. Bien que lestée par tout un attirail daté, cette série B signée Jack Arnold connaît de véritables moments de grâce.

Piégé dans le temps
C’est le triste sort – en même temps que l’immense charme – de ces films d’épouvante réalisés à une époque où l’illusion n’était pas aussi perfectionnée qu’aujourd’hui : rien ne fait plus vraiment peur. L’étrange créature, avec sa trogne fanée à mi-chemin entre les airs abrutis d’Homer Simpson et l’allure d’une crotte fripée, fait immanquablement pouffer la salle à chacune des ses apparitions. Comme l’équipe de scientifiques qui la traque et qui se retrouve coincée dans la lagune où elle réside, la bestiole est piégée dans le temps, condamnée à ne plus effrayer, réduite à l’état d’épouvantail trisomique et de clown hébété. Pourtant, le genre est ouvertement horrifique avec ce semi-huis-clos où les personnages secondaires se font ratatiner sans que le cours du film n’en soit véritablement bouleversé. Loin d’être un gadget, la 3D vient à la rescousse de la créature, aiguisant les effets de surgissement et renforçant le suspense dans les scènes sous-marines où le monstre peut ainsi se cacher plus efficacement derrière les algues dansantes ou les nuages de remous qui s’avancent au premier plan.

La belle et les bêtes
Il ne faudrait donc pas réduire L’Etrange Créature du lac noir au statut d’artéfact exhumé pour le seul plaisir des amateurs de série B. Malgré sa brièveté (1h19), le film de Jack Arnold s’autorise quelques lenteurs où viennent perler des images poétiques aujourd’hui louées par Guillermo Del Toro et Tim Burton. En témoigne l’élégant ballet subaquatique où la lascive Julie Adams nage gracieusement à la surface de la lagune – ponctuant son parcours de quelques envoûtantes pirouettes – tandis que le monstre suit son mouvement avec une appétence à peine masquée. Calqué sur le même modèle que King Kong, L’Etrange Créature du lac noir offre donc une place centrale à son unique personnage féminin, installé au milieu d’un triangle de prétendants redoublant chacun de virilité pour essayer de la conquérir – son fiancé, noble et courageux, l’air de ne pas y toucher, son patron transformant ses pulsions sexuelles en pulsions meurtrières et la bête grognant de rage à l’idée ne pouvoir jamais être aimée… Et, il y a bien évidemment cette magnifique scène où la femme est filmée depuis l’intérieur d’un aquarium et semble se tenir au milieu d’une farandole de poissons extraordinaires.

Dans la moiteur du climat tropical, cette lutte de testostérone prend des allures fable cruelle sur le désir. Le fantastique et le sentiment d’étrangeté émanent également des décors : le kitsch typique des reconstituions en studio amplifie la fragile poésie de cette série B qu’il est vivement conseillé d’aller (re)découvrir en salle pour bénéficier d’une 3D plus intéressante que sur de nombreuses productions contemporaines.

L’Etrange Créature du lac noir 3D, de Jack ARNOLD, avec Richard CARLSON, Julie ADAMS, Antonio MORENO, Richard DENNING, Ricou BROWNING, Ben CHAPMAN, Nestor PAIVA, Whit BISSELL, 1USA, 1954, 79 min, Carlotta Films, à nouveau en salles le 7 novembre 2012.

Pierre-Edouard Peillon.

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