Cinema

« Les rayons et les ombres », 5e volet : Frank Borzage – Seventh Heaven

27 avril 2009 | PAR La Rédaction

Réalisateur-phare du Hollywood des années 1920 et 1930 et du mélodrame, Frank Borzage reçut deux fois l’Oscar de meilleur réalisateur, en 1927 et en 1932. La première fois, ce fut pour Seventh Heaven (soit « Septième Ciel », bien que le titre français soit L’Heure suprême), histoire romantique et mystique d’un amour qui triomphe de tous les obstacles. L’un des plus grands succès populaires du cinéma muet et sans aucun doute l’une des plus touchantes romances du Septième Art.

Adaptation d’une pièce de théâtre qui remporta un vif succès en 1922, Seventh Heaven conquit le public et la critique : treizième plus gros score au box-office de l’histoire du muet, le film fut récompensé de trois Oscars, dont celui de meilleur réalisateur (Frank Borzage) et de meilleur scénario adapté (Benjamin Glazer). Seventh Heaven ne laissa bien évidemment pas indifférents nos cinéphiles de surréalistes (1), touchés par cette histoire d’un amour fou qui transcende tous les obstacles et les apparences de la fatalité, et élève ceux qu’il saisit.

Cela se passe en 1914. Chico travaille dans les égouts de Paris et voudrait simplement devenir balayeur de rue, pour voir le ciel. Diane vit quant à elle dans la misère, soumise à la loi du fouet de sa harpie de sœur alcoolique. Elle se retrouve jetée à la rue et battue par cette dernière après avoir révélé à leur oncle fortuné, qui leur proposait son aide, qu’elles mènent une vie immorale. Chico chasse la sœur violente, sauve la vie de Diane alors qu’elle tentait de se suicider, puis protège Diane de la police en la faisant passer pour sa femme. Son mensonge le contraint à héberger la jeune femme, dans sa mansarde au septième étage d’un immeuble, qui devient pour elle comme un Paradis. Bientôt, elle s’entiche de lui, qui s’énamoure à son tour peu à peu, maladroitement, et lui propose de l’épouser. Mais survient la guerre, la mobilisation générale – et Chico est envoyé au front…

Résumer le film est déjà le diminuer, en trahir la poésie, donner une impression de trivialité ou de niaiserie. Pourtant, Seventh Heaven est profond d’enchantement, par ses personnages ancrés dans un quotidien sans faste, pour qui l’amour nourrit le courage de surmonter les caprices de la fatalité. Mélange de mysticisme – Diane et Chico paraissent en s’aimant accomplir la volonté de Dieu – et de poésie, cette romance a la beauté parfaite des rêves. Il doit beaucoup a ses deux personnages principaux : Diane (interprétée par la sublime Janet Gaynor, qui obtient à 21 ans l’Oscar de la meilleure actrice, pour ce film et deux autres, dont L’Aurore de Murnau, les récompenses étant à l’époque attribuées pour l’ensemble des travaux effectuées dans une année), aussi belle et gracile et fragile et gracieuse qu’une danseuse de boîte à musique ; Chico (Charles Farrell), grand gaillard de deux têtes de plus qu’elle, fier et beau, mais dont la peur de l’abandon tenaille d’abord sa virilité trop orgueilleuse, avant qu’il ne devienne superbe de tendresse. Il est à noter que les deux acteurs seront de nouveaux partenaires à l’écran dans plusieurs films ultérieurs de Frank Borzage.

La romance est une ode lyrique à la toute-puissance de l’amour – qui constitue le fond commun à plusieurs des œuvres majeures du réalisateur. En même temps qu’il développe une vision idéaliste d’un mysticisme amoureux, Frank Borzage élève l’amour en principe vitaliste, en force de vie : c’est que, au fond, l’on ne tombe pas en amour – on s’élève, on se lève, on se dresse dans l’amour ! Et c’est ce que fait Diane, triomphant de ses peurs et devenant de plus en plus belle à mesure que croît en elle la force de vie.

Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur la belle reconstitution du Paris de 1914 et de l’épisode des taxis de la Marne, sur la suavité de la lumière, le fond religieux du film ou sur cette réalisation si impeccable – et ce travelling vertical, à deux reprises, dans la cage d’escalier, suivant la montée jusqu’au dernier étage, le septième ciel. Ou encore et surtout sur la profonde humanité de Borzage pour ses humbles et si beaux personnages. Quel film !

Mikaël Faujour

(1) « Nous cherchions à découvrir au cinéma, non l’amour vénal, mais l’amour absolu et Breton nous envoya tous voir L’Heure suprême de Frank Borzage, où il avait trouvé, très justement, une exaltation de ce qu’il n’appelait pas encore « l’amour fou » », rapporte l’historien et critique Georges Sadoul, membre du groupe surréaliste (Cinéma 80, n°253, janvier 1980).

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La Rédaction

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