Cinema

Les femmes du 6ème étage: Fabrice Luchini sous le charme de ses espagnoles

Les femmes du 6ème étage: Fabrice Luchini sous le charme de ses espagnoles

12 février 2011 | PAR Gilles Herail

Les femmes du 6ème étage est un bel hommage à ces femmes espagnoles travaillant dans l’envers du décor bourgeois du 16ème des années 50. La critique de cette comédie sociale drôle, pétillante, à la bonne humeur contagieuse.

Paris, années 60. Jean-Louis Joubert, agent de change rigoureux et père de famille « coincé », découvre qu’une joyeuse cohorte de bonnes espagnoles vit… au sixième étage de son immeuble bourgeois.  Maria, la jeune femme qui travaille sous son toit, lui fait découvrir un univers exubérant et folklorique à l’opposé des manières et de l’austérité de son milieu. Touché par ces femmes pleines de vie, il se laisse aller et goûte avec émotion aux plaisirs simples pour la première fois.

Cinéaste discret, Philippe Le Guay a réussi à creuser avec succès son sillon dans la catégorie des films populaires de qualité. Son parcours s’est construit sur un genre, la comédie sociale, et une école, le conte moral. Le réalisateur avait déjà abordé avec intelligence deux thèmes de société contemporains. Le rapport à l’argent et la difficulté de savoir recevoir dans le coût de la vie. La gestion du bonheur et de la réussite dans Du jour au lendemain. Malgré son inscription dans un contexte éloigné, celui des années 50, les femmes du 6ème étage s’intègre pleinement dans cette filmographie naissante.

Ce dernier opus contient en fait deux films en un, qui s’accordent avec justesse. C’est d’abord l’histoire assez classique d’un homme qui cherche un nouveau souffle et redécouvre le plaisir de vivre  grâce à la rencontre d’une femme dans un environnement totalement éloigné du sien. Cet homme un peu guindé  interprété par Luchini se découvre une curiosité et surtout une liberté qu’il n’avait jamais exprimées dans une vie quadrillée par son statut et son milieu. Les femmes du 6ème étage ne s’arrête cependant pas à cette crise de la cinquantaine et une romance patron/employée qui n’est pas traitée directement au premier plan. Le film ne parle pas de la femme (Maria) mais bien deS femmeS du 6ème étage, celui des escaliers de service, des conditions insalubres mais aussi de la communauté espagnole.

Déjà esquissée dans du jour au lendemain, la passion du réalisateur pour la culture espagnole explose au grand jour. A travers ces six femmes courageuses et diverses, bigotes ou révolutionnaires mais unies par une même vitalité solidaire, Philippe Le Guay filme une déclaration d’amour à un pays. Ces femmes sont uniquement filmées en tant que groupe dans des situations de vie quotidiennes d’une drôlerie permanente. Les facéties gaguesques et le visage crispé de Luchini s’immiscent à merveille dans cet univers chaleureux qu’il va côtoyer en s’installant provisoirement au milieu des bonnes. La complicité explosive de leurs commérages doit beaucoup à la qualité d’interprétation des actrices espagnoles, Carmen Maura en tête, qu’on prend plaisir à voir s’amuser dans un déluge de francespagnol jouissif.

Se situant dans les années 50, les femmes du 6ème étage ne peut être taxé d’aucun passéisme. Sa vitalité et son énergie n’occultent pas un constat social toujours d’actualité. Les asiatiques remplaçant les portugaises ayant elles mêmes remplacées les bonnes espagnoles (le paternalisme bourgeois en moins). Très drôle et jamais démago grâce à l’écriture nuancée du personnage de Sandrine Kiberlain, le dernier film de Philippe Le Guay est un véritable plaisir, musical et enlevé. Le meilleur de la comédie française qui rappelle l’intelligence des invités de mon père qui faisait autant rire tout en adoptant un regard social aiguisé.

Gilles Hérail

Les femmes du 6ème étage, une comédie sociale de Philippe Le Guay avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain et Carmen Maura, 1h46, sortie le 16 février 2011


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