Cinema

Les amours imaginaires de Dolan enflamment le festival de La Rochelle

11 juillet 2010 | PAR Margot Boutges

Le festival international du film de La Rochelle s’achève aujourd’hui, venant clôturer sept jours de pur plaisir. Les habitués disaient vrai : Incontestablement, c’est LE festival pour les cinéphiles. Pas de trophées, juste des films, des découvertes et des redécouvertes. Dans une ambiance des plus détendues et conviviales. Quelques temps forts (en toute subjectivité) sont venus jalonner le festival : La soirée Bollywood, le documentaire Ce n’est que le début présentant un atelier philo en classe de maternelle, la projection de To kill a mocking bird de Robert Mulligan avec Gregory Peck actuellement dans les salles à Paris ou les films muets de Greta Garbo scandés  par les notes du piano et les battements de pieds d’un interprète survolté… Et toujours de nombreuses avant-premières comme Les amours imaginaires de Xavier Dolan.

On attendait au tournant le deuxième film de Xavier Dolan. La faute au succès du premier. J’ai tué ma mère a déferlé sur Cannes l’année dernière, créant un véritable raz-de-marée. Célébré par la critique et le public, il a élevé le réalisateur de 20 ans  au rang de jeune prodige. Une étoile filante ? Sûrement pas. Les amours imaginaires transforment un essai qui, plus qu’une promesse, était déjà une incontestable réussite. L’acteur/scénariste/réalisateur québécois ne s’est pas endormi sur ses lauriers. Faisant fi des louanges d’hier, il  a repris aussitôt sa plume, sa meilleure, incisive et drolatique et sa caméra chamarrée pour livrer un récit fulgurant et hilarant. En salle le 29 septembre.

Marie et Francis sont amis. Marie (Monia Chokri) est une princesse vintage au visage précocement marqué par la vie, Francis (Xavier Dolan) un jeune garçon séduisant et incertain. Ils tombent tous les deux sous le charme (discutable) de Nicolas (Niels Schneider), ange frisé légèrement niais (être à la fois fan d’Alfred de Musset et d’Audrey Hepburn, ça fait beaucoup pour le même blond), poseur et inconséquent. Ce dernier semble développer la même attirance et déployer les mêmes armes de séduction massive auprès des deux amis qu’il égare au milieu des invitations et des pistes. Marie et Francis s’affrontent pour décrocher le fanion et recevoir LA faveur du bellâtre. Ensemble, ils forment un trio sulfureux qui s’ébroue à la ville, à la campagne. Jusqu’à l’implosion.

La lumière tombe et les premiers mots retentissent. Très vite, la salle est hilare. Un accent à couper au couteau, des expressions savoureuses de la belle province, certes, mais surtout un verbiage ! C’est dans les tirades, les dialogues que le talent de Dolan, as la formule et magicien des mots, se révèle. Le récit initial est scandé par des monologues captés par une caméra faussement indiscrète tendance documentaire amateur. Ce procédé peut nous sembler stéréotypé (Woody Allen, avec Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe… et bien d’autres y ont déjà eu recours) mais fonctionne complètement grâce à sa justesse d’écriture. Dolan offre la parole à des garçons et des filles improbables en proie au sentiment amoureux, à la solitude, à l’idéalisation, au dépit. Des caractères irrésistibles nous narrent des situations à la fois intemporelles et résolument contemporaines. Ces intermèdes, hilarants et frappés d’une rare acuité de regard, donnent son rythme au long-métrage. Ils sertissent une aventure simple, dont les soubresauts n’entravent jamais la ligne directrice, faite de chute et de résurrection. Dans ce chassé-croisé amoureux, les héros sont savoureux, débordant de cynisme. Mention spéciale pour l’actrice Monia Chokri qui s’attache à ses clopes comme à une bouée pour ne pas chavirer. « La smoke, ça cache la merde. » (prononcer marde) déclame-t-elle, imperturbable, aux amants d’une nuit.

Xavier Dolan signe une réalisation tout en expérimentation. Le résultat, tout en véhémence pop est simplement jubilatoire. Des patchwork de plan bricolés, des ralentis, des couleurs vibrantes, des musiques entraînantes et improbables, des zooms, des plans serrés serrés s’enchevêtrent dans une symphonie lumineuse. Cet exercice de style est mené par une jeunesse surpuissante prête à tout tenter. Un melting-pot qui ne manque pas de nous rappeler les alliances éclectiques de Tarantino, qui tout en naviguant inlassablement entre pillage et hommage dresse quelque chose de très personnel. On observe beaucoup de citations des grands maîtres dans Les amours imaginaires. Dolan est sans conteste un amoureux du 7eme art. Il revisite Godard période Anna Karina et Wong Kar-Waï pour la femme en mouvement et Mort à Venise de Visconti pour le fascinant éphèbe. Il explore aussi les tendances les plus actuelles d’un jeune cinéma français au creux de la (nouvelle) vague, celui d’un Christophe Honoré. C’est à dessein qu’il accentue la ressemblance de Niels Schneider avec l’acteur Louis Garrel. Il fait de Nicolas un ersatz très assumé de l’interprète des chansons d’amours qui incarne à lui tout seul le charme de la métrosexualité et qui assure la jonction entre nouvelle vague et nouvelle génération. Dolan s’inscrit dans une tendance tout en la singeant avec un mordant irrésistible. Il joue avec les stéréotypes, détourne les ingrédients actuels, les parodie pour livrer quelque chose de très personnel qui entraîne le spectateur. Il fait preuve d’un parfait second degrés sur ce qu’il incarne. Il a conscience de ses références et la dernière séquence de son film en est la preuve irréfutable. On est pas surpris d’apprendre que Louis Garrel sera le héros du prochain long métrage de Dolan. L’univers du québécois, que l’on imagine bien en petit frère incestueux de l’acteur français, semble avoir été créé pour l’accueillir !

François Marthouret en solitaire au Théâtre de la Madeleine
Johnny à l’affiche de Potzdamer Platz de Tony Scott
Margot Boutges

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