Théâtre

François Marthouret en solitaire au Théâtre de la Madeleine

11 juillet 2010 | PAR Christophe Candoni

Rompu à l’exercice difficile du seul en scène sur des textes de Le Clézio et de Pessoa, François Marthouret s’intéresse à Ionesco et donne à entendre jusqu’à la fin du mois sa propre adaptation du « Solitaire », le seul roman du dramaturge. Jean-Louis Martinelli le met en scène au théâtre de la Madeleine.

C’est l’histoire d’un homme qui a tout quitté, son foyer, son travail, pour se retirer du monde et des hommes. Difficile de cerner le projet aussi délirant que radical du personnage. Sous les traits et la fine silhouette de François Marthouret presque nu, juste en caleçon, il n’apparaît ni révolté ni résigné, mais simplement en marginal lucide, profondément seul, inadapté à ce qu’il appelle « l’enfer journalier », l’effroi et la misère du quotidien qu’il fuit. Il vit reclus dans une chambre d’hôtel. Un grand lit pour décor – rien au sol ni sur les murs – une large fenêtre qui donne sur nul part, pas de paysage, pas d’extérieur, pour renforcer l’état d’isolement quasi claustrophobique du personnage. De cette ouverture jaillit une succession de lumières lourdes et étouffantes, du jaune, du vert puis du rouge comme le reflet des humeurs changeantes du narrateur. Méditatif, celui-ci philosophe et raconte son existence passive.

Le texte, long et difficile, passionne et égare à la fois. Marthouret, parfois monotone, rend tout de même vibrante la douleur et le mal être du personnage, avec un apaisement apparent et même une petite distance ironique que l’on perd malheureusement au fur et à mesure de la pièce. Puis, il s’abandonne dans des accès de colères brusques jusqu’au récit de l’insurrection civile qu’il narre dans un quasi état de transe proche du délire. Son interprétation réfléchie est convaincante car il joue sans emphase, avec beaucoup d’humanité alors qu’il est tellement facile de faire des personnages de Ionesco des archétypes. Couché sur le lit ou debout à coté, l’acteur demeure dans un immobilisme totale et met l’accent sur la gravité, le pessimisme de la situation mais ne s’attarde pas sur les potentialités comiques que contient le texte. La mise en scène hiératique nous apparaît trop sérieuse et l’émotion ne passe pas. On n’est donc pas bouleversé par ce spectacle exigeant et c’est dommage car la fin est éblouissante. Dans la pesanteur du silence, le solitaire revêt lentement son chic costume gris et s’allonge sur le lit baigné d’une lumière à la blancheur spectrale, il s’abandonne à la mort.

Le solitaire, du mardi au samedi à 20h, au théâtre de la Madeleine, 19 rue de Surène, 8arr. Location 01 42 65 07 09
tous les jours de 11h à 19h et sur www.theatremadeleine.com

crédit photo Dunnara Meas
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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

One thought on “François Marthouret en solitaire au Théâtre de la Madeleine”

Commentaire(s)

  • Le solitaire est un merveilleux spectacle. J’ai découvert François Marthouret puisque je suis étrangère.
    Je souhaite envoyer un e-mail à son attaché de presse ou à lui même pour l’inviter à jouer le rôle d’un autre solitaire: le psychanaliste.
    Veuillez me donner l’adresse à laquelle je dois écrire.
    Merci

    juillet 22, 2010 at 12 h 45 min

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