Cinema

Lecture érotique, lecture historique

12 juillet 2009 | PAR Yaël Hirsch

Kate Winslet a reçu l’Oscar cette année pour son rôle dans « Le Liseur », tiré du best-seller de Bernhard Schlink. Une récompense bien méritée… Sortie le 15 juillet.

Dans l’Allemagne de l’Ouest des années 1950, une jeune homme de quinze ans connaît ses premiers émois sexuels avec une femme qui a le double de son âge, de milieu plus modeste et surtout pas très bavarde. La romance entrecoupées de lectures à voix haute des ouvrages au programme du collège dure un été, après lequel la maîtresse disparaît…Pour refaire surface dans la vie du jeune étudiant en droit dans le box des accusés au procès de Nuremberg.  Elle est et condamnée à la prison à vie. Par fidélité pour cette femme qui l’a tant marqué le jeune adulte lui envoie des cassettes où il a enregistré de grands classiques de la littérature mondiale.

“The reader” arrive tard en France et entouré d’un halo discret de controverse attendue (voir l’article de Ron Rosenbaum publié dans Slate). Il est simplement respectueux du roman de Bernhard Schlink qui avait déjà choqué certains. Il est vrai que mélanger le « Blé en herbe » et « Eichmann à Jérusalem » est un pari risqué, le risque étant de tomber dans le lit sordide de ce que Susan Sontag avait condamné sous le terme  de « fascinant fascisme ». Il y eut en effet dans les années 1970 toute une vague sous-culturelle qui érigeait le nazisme en fétiche sexuel. Et un film, bien plus qu’un texte, risque de produire cet effet dérangeant en mêlant Histoire et images de corps nus.

Or, « The reader » évite cet écueil grâce à la performance de Kate Winslet, époustouflante en bourreau ordinaire. Yeux butés, ne parlant qu’avec le corps, forçant à peine sur l’accent allemand, elle conserve toutes les zones d’ombre de son personnage, dans une espèce de don intègre et animal. En face, le jeune David Kross a le diable au corps très frais, l’innocence, puis l’ambiguité  qu’il faut. Seul Ralph Fiennes ne sert absolument à rien, égal à lui même dans son éternel rôle du type dont les grands yeux gris et vides cherchent à se débarrasser du poids du monde. Toujours féru de belle images depuis Billy Elliot et The Hours, Stephen Daldry continue dans cette lancée réaliste, pour notre plus grand plaisir. La partie finale du film, sur la mémoire entre New-York et un cimetière dans la campagne allemande, vient un peu plomber le fil de l’histoire pour la faire tomber dans le mélo. Mais les trois premiers quarts sont si poignants que l’on pardonne volontiers cette erreur attendue de fin de parcours.

« The Reader », de Stephen Daldry, avec Kate Winslet, David Kross, Ralph Fiennes, 2h04 min.

Voir aussi notre article sur le livre de Bernhard Schlink.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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