Cinema
Le village des ombres : rencontre avec le réalisateur et les deux comédiennes

Le village des ombres : rencontre avec le réalisateur et les deux comédiennes

13 novembre 2010 | PAR Geraldine Pioud

Après vous avoir proposé notre critique, puis un jeu concours, « Le village des ombres » , le premier long métrage de Fouad Benhammou, est de nouveau à l’honneur sur Toutelaculture.com : découvrez dès à présent notre rencontre avec le réalisateur et les comédiennes Christa Theret et Ornella Boulé.

Christa, Ornella : qu’est-ce qui vous a fait accepter votre rôle dans Le village des ombres?

Christa Theret : Je ne pense pas en terme de carrière, je n’ai que 19 ans. Je l’ai fait parce que j’ai aimé le scénario et que la rencontre avec le réalisateur s’est bien passée, ainsi qu’avec les autres comédiens. Et puis j’ai aimé mon personnage car c’est vraiment la battante du groupe, c’est celle qui y va et qui ne baisse jamais les bras. Elle est touchante.

Ornella Boulé : Je viens du théâtre, c’est mon premier long métrage. J’ai rencontré Fouad par hasard à une soirée. Il m’a envoyé son scénario, et le personnage de Marion (son rôle dans le film, NDLR) est en total paradoxe avec ce que je suis dans la vie et ce que j’avais l’habitude de faire au théâtre. Au départ cela devait être une autre comédienne qui devait faire ma soeur. Mais finalement Fouad a choisi Christa et le courant est très bien passé entre nous. Elle m’a beaucoup touché.

Êtes-vous des spectatrices de cinéma fantastique?

Christa Theret : Je ne suis pas particulièrement attachée au fantastique. Mais je préfère cela aux films d’horreur, à la violence gratuite. Dans le fantastique il y a une forme de poésie.

Ornella Boulé : Je fais une vraie distinction entre le fantastique et le gore. Par contre j’aime tout ce qui est gothique graphiquement, j’y trouve une certaine poésie. Le gore cela me fait peur, les cervelles qui éclatent et tout le reste cela ne me touche pas. Je préfère les thrillers psychologiques.

C’est un film à petit budget, cela a-t-il influencé votre jeu?

Christa Theret : On a plus de pression car on sait qu’on ne pourra pas refaire la prise dix ou quinze fois. Cela nous oblige à être efficace. Nous sommes sous pression, mais c’est bien dans ce type de film d’être un peu nerveux! Cela aide à faire sortir l’angoisse, la peur,…

Ornella Boulé : Je suis d’accord!

Cela vous donne-t-il envie de continuer dans le fantastique?

Christa Theret : J’ai tourné d’autres choses depuis Le village des ombres qui sont totalement différentes. Mais retenter l’expérience du fantastique me plairait.

Ornella Boulé : J’ai envie de faire du cinéma, je ne suis pas attachée à un genre en particulier. Par contre, après ce film, je sais que si on me propose un autre film fantastique ou un thriller je dirai oui tout de suite!

Et si vous n’aviez qu’une seule chose à dire pour donner envie aux lecteurs d’aller voir Le village des ombres?

Christa Theret : C’est un conte fantastique qui peut plaire à toutes les tranches d’âge! L’intrigue est bien, l’image est belle… et il y a du suspense!

Ornella Boulé : Si vous voulez aller voir un conte fantastique avec un vrai travail choral d’acteurs, avec des vraies références, allez y! C’est le 17 novembre!

——————————————————————–

Fouad, quelles sont vos influences cinématographiques?

Fouad Benhammou : Pour Le villages des ombres, je dirai plus le cinéma anglais et américain des années soixante. Je pense en particulier à La maison du diable de Robert Wise ou Les innocents de Jack Clayton qui ont influencé la vague oniroco-fantastique actuelle. Ce sont des films qui jouent sur l’ombre et la lumière, sur l’imagination du spectateur… ce qui dans notre cas était bien utile étant donné que nous avions un budget modeste! Mais je n’ai pas envie de me cacher derrière ça, car le spectateur lui il paye sa place et ne se pose pas ce genre de problématique. Pour revenir sur mes influences, je ne prétend pas être au niveau de ce cinéma-là, je voulais juste lui rendre hommage. Mais je voulais aussi qu’il y ait une vraie résolution finale, pas comme dans un épisode de X-Files où on n’a pas vraiment d’explication. Là je voulais que l’histoire se boucle.

C’est un film fantastique, qui joue sur l’absence dans les plans et qui rend le spectateur actif. En terme de mise en scène, comment as-tu travaillé là-dessus?

Fouad Benhammou : Il y a eu beaucoup de boulot avec les deux scénaristes, Lionel Olenga et Pascal Jaubert, car on voulait surprendre toujours le spectateur, instaurer un rapport ludique et jouer avec lui. Il y a des flash-foward et des flash-back, la construction du film m’a été inspirée par Lost et la musique de Stéphane Legouvello s’inspire aussi de celle de Lost, et de celle de Bernard Herrmann, le compositeur des films d’Hitchcock. Et puis il y a eu un vrai travail en amont avec les acteurs, on a beaucoup répété, je leur ai montré des films comme Les autres ou La maison du diable. L’idée c’était de créer une tension avec plusieurs biais. J’ai fait très attention aussi au montage.

L’aspect pictural est très important dans le film : il y a beaucoup de contrastes. N’as-tu pas eu envie à un moment donné de faire un film en noir et blanc.

Fouad Benhammou : Je dessine depuis que je suis gamin. Je voulais que le dessin soit présent dans le film et que cela soit très visuel. J’avais envie que cela ressemble à des tableaux, avec cette idée de clair-obscur, d’ombres et de lumières, de mystère sur ce qui se cache dans l’ombre. Et oui j’ai voulu faire un film noir et blanc en couleur! On a beaucoup désaturé les couleurs, je voulais donner un côté passé aux images.

Il y a un côté très labyrinthique dans le film et paradoxalement un aspect huis-clos dans le village, on pense beaucoup aux légendes urbaines.

Fouad Benhammou : Le village est le personnage principal du film. On a fait un vrai casting pour le village! On voulait un village où les rues se ressemblent. On a trouvé cela du côté de Cognac, on a fait un mélange de plusieurs villages. On a filmé comme si le spectateur découvrait les mêmes choses que les personnages : il n’y a pas de grands effets de caméra, alors on se demande ce qui se cache derrière les fenêtres, derrière les portes, dans les maisons,… Et puis cela permet aussi de jouer sur notre peur la plus ancestrale : celle du noir.

Au fur et à mesure que le village semble se reconstruire, les personnages, eux, se déconstruisent.

Fouad Benhammou : Il y a une sorte de déliquescence effectivement. Au contact du village les personnages se transforment. Ils sont comme des guides, il y a beaucoup d’indices au fil du film, Le village des ombres est un vrai puzzle, c’est pour ça qu’il faudra le voir une deuxième fois! Et puis cela fera plaisir au distributeur!

Vas-tu rester dans le genre du fantastique pour la suite?

Fouad Benhammou : Je ne sais pas si le prochain projet se situera dans ce genre, j’adore le fantastique depuis que je suis tout petit. Je trouve que cela permet de s’évader du réel. Il est certain que je referai un film fantastique. Là je voudrais adapter une bande dessinée : c’est une mère de famille qui a une double vie (elle est aussi agent secret).

La femme est une sorte de clé de voute dans ton cinéma.

La figure féminine dans le cinéma en général et dans le cinéma fantastique en particulier j’adore ça! Cela peut être une thématique récurrente effectivement. Ce film je l’ai dédié à ma mère. Je pense que j’ai une grande part de féminité en moi, une forme de sensibilité féminine. C’est très présent dans Le village des ombres, j’avais besoin d’exprimer cela. Et puis une femme c’est toujours très cinégénique. Surtout avec un flingue entre les mains!

Le village des ombres, de Fouad Benhammou, avec Christa Theret, Bárbara Goenaga, Ornella Boulé, Jonathan Cohen
France. 1h43. Fantastique, thriller
En salles le 17 novembre 2010

Infos pratiques

Bertrand Delanoë signe une déclaration d’amour à la nuit parisienne
Hindi Zahra, lauréate du prix Constantin 2010
Geraldine Pioud

2 thoughts on “Le village des ombres : rencontre avec le réalisateur et les deux comédiennes”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *