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Le Capital : Costa-Gavras s’en prend avec finesse et cruauté aux arcanes de la finance

Le Capital : Costa-Gavras s’en prend avec finesse et cruauté aux arcanes de la finance

09 novembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Fidèle à sa vocation, le Président de la Cinémathèque Française utilise le 7e art pour offrir à son public un axe de réflexion original sur une question politique qui hante nos sociétés. Avec Gad Elmaleh en jeune président de banque internationale, il propose avec « Le Capital » un film à charge contre le monde la finance, mais qui a l’intelligence d’être mille fois plus nuancé que tous les documentaires « sérieux » qui nous sont régulièrement servis à la télévision. A voir, pour cogiter tout en riant noir, à partir du 14 novembre.

Ingénieur brillant, Marc Tourneuil (Gad Elmaleh) a décidé d’abandonner sa carrière universitaire pour gagner largement sa vie en nègre et homme de confiance d’un grand patron de banque à la française (Daniel Mesguich). Quand une crise cardiaque manque d’emporter le PDG sur son terrain de golf, il faut rassurer les investisseurs et lui trouver un remplaçant. Le vieux renard décide alors de faire nommer le quadragénaire et donc jeune Tourneuil en pensant tirer les ficelles dans l’ombre. Mais très vite, le discret sous-fifre se met à calculer en devenant l’allié des tout-puissants actionnaires américains (leur chef étant joué par le redoutable Gabriel Byrne). Afin de durer à la présidence, Tourneuil joue la rentabilité américaine (et le licenciement massif) contre le paternalisme socialisant à la française. Mais quand il s’agit d’obtenir les grâces des membres français du conseil d’administration (Bernard Lecoq, Hippolyte Girardot), Tourneuil n’hésite pas à faire « cocorico »… L’ambitieux va-t-il réussir à maintenir son irrésistible ascension ? Si oui à quel prix ? Il semble que sa femme (Natacha Régnier), une top-model un peu call-girl (Liya Kebede) et une spécialiste de l’économie japonaise (Céline Sallette) permettent de prendre la mesure de son pacte néo-faustien.

Alors qu' »Eden à l’Ouest » (2009) vantait sans nuance les forces vives et la beauté d’une immigration bafouée, contrairement à ce que pouvait faire craindre son titre « Le Capital » n’est pas manichéen. C’est paradoxalement avec un Gad Elmaleh des plus sérieux que Costa Gavras parvient à retrouver l’humour noir et dérangeant du « Couperet » pour présenter la finance internationale comme un jeu dangereux; un jeu placé dans les mains d’hommes et de femmes extrêmement compétents, mais engagés dans une spirale infernale qui détruit toute éthique et toute affection sur son passage. L’argent est une maîtresse qui coûte paradoxalement trop cher, dans « Le Capital » et Gavras parvient à éviter l’écueil « Robin des bois » de la critique des « gros » pour la défense des « petits ». Rien de grossier ou de gras, donc, dans cet authentique thriller, si ce n’est un antiaméricanisme un peu caricatural. Mais avec justesse, tout le monde en prend pour son grade : des vieux beaux patrons à la française dans leurs meubles 18ème, aux inélégants magnats américains entourés de femmes aux seins refaits, en passant par les employés lambdas des grandes banques, qui savent moudre le grain de la folie de l’argent. Les familles aussi sont épinglées dans leur avidité par procuration. Sur ce, et malgré une fin un peu frustrante, Costa a le bon goût de nous rappeler sans gros sabots ni schémas alter-mondialistes, que le problème n’est pas la finance, mais l’avarice des hommes et des femmes. Une nature que la comédie ne cesse de mettre en scène pour tenter de la purger, depuis Aristophane.

« Le Capital », de Costa-Gavras, scénario : Costa-Gavras, Jean-Claude Grumberg, Karim Boukercha, d’après le roman de Stéphane Osmont (2004), avec Gad Elmaleh, Natacha Régnier, Gabriel Byrne, Hippolyte Girardot, Liya Kebede, Bernard Lecoq et Daniel Mesguich ), France, 2012, 114 min. Sortie le 14 novembre 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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