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Ai Wei Wei victime du phénomène « Gangnam Style »

Ai Wei Wei victime du phénomène « Gangnam Style »

09 novembre 2012 | PAR Bastien Stisi

Ai Wei Wei, le subversif artiste chinois rejeté par son propre gouvernement, a récemment posté sur la toile une vidéo parodique du « Gangnam Style » du sud-coréen Psy, et vient compléter la liste ahurissante des contaminés par le son calibré pour les dance-floors du tube de l’été. La performance d’Ai Wei Wei semble toutefois dépasser le simple plagiat chorégraphique et le statut de divertissement exclusif…

Tube absolu de l’été maculé de sonorités hip-house hypers aseptisées, le « Gangnam Style » du déjanté artiste sud-coréen Psy, prophète en son pays et bien au-delà, n’en finit plus de faire de surprenants émules qui émergent des quatre coins du monde. Buzz 2.0 estival, de nombreuses parodies du titre ont déjà vu le jour, et le succès de la chorégraphie dansante orchestrée par Psy, son mégalomane géniteur, ne semble pas connaître de limite. Le secrétaire générale de l’ONU, Ban Ki-Moon compatriote de l’artiste, a même avoué avoir visionné le clip à « plusieurs reprises », le tout avec un plaisir non dissimulé.

Que ce soit sur le parvis du Trocadéro, dans n’importe quelle boîte lambda du monde ou sur le plateau du Grand Journal, le « Gangnam Style » fait chavirer têtes et bassins, et provoque cette envie épidermique de joindre esthétiquement les poings en feignant de chevaucher une monture invisible, dès lors que le refrain, extatique et électronique, se fait furieusement entendre. Ode au quartier huppé de Séoul Gangnam, parodie excessive des vidéo-clips hip hop américain baignant dans un univers stéréotypé machiste et pailleté, la vidéo est parvenue récemment à ensorceler une figure prestigieuse de la scène artistique contemporaine, en la personne du chinois Ai Wei Wei.

Connu pour sa subversion provocatrice et perpétuelle, le photographe, peintre et sculpteur Ai Wei Wei, dont le passeport a récemment été confisqué par les autorités pékinoises, répète dans sa vidéo les gestes originaux du chanteur, mais les maculent d’un symbolisme inhérent à l’oeuvre de l’artiste. Ainsi dégagé du grotesque et du purement ludique, Ai Wei Wei s’approprie le message parodique de la vidéo, et en enfilant nonchalamment des menottes de prisonnier en dansant, adresse un message explicite à son gouvernement chinois. Jadis passé par la case prison, l’artiste connaît encore aujourd’hui des démêlés avec la justice de son pays. Son atelier, Fake Cultural Development, pourrait même être prochainement contraint d’être fermé.

Ai Wei Wei permet, avec sa réalisation, de donner encore davantage d’audience au « Gangnam Style » originel. La vidéo a déjà été vue près de 600 millions de fois par les internautes du monde entier, depuis sa mise en ligne sur Youtube le 15 juillet dernier…

Visuel : capture d’écran youtube

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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