Cinema

« L’Amour des hommes », un beau drame entre plusieurs tons en DVD et VOD

« L’Amour des hommes », un beau drame entre plusieurs tons en DVD et VOD

21 août 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Ce film franco-tunisien marque de par son sujet, et sa maîtrise. Sa réalisation sobre et belle, ses magnifiques interprètes et son rythme amènent à se passionner pour son histoire : celle d’une jeune photographe, occupée à réaliser comme elle peut des portraits d’hommes dans la Tunis d’aujourd’hui. Pour en fait regarder ces hommes, et pouvoir mieux tracer sa route parmi eux…

[rating=4]

D’entrée, dans L’Amour des hommes, la réalisation de Mehdi Ben Attia (Le Fil, Je ne suis pas mort) étonne par sa maîtrise. Ses plans montrent le réel avec un œil très personnel, sans l’embellir, mais en révélant sa tranquillité peut-être pas si innocente. D’emblée, on se lance dans l’histoire à la suite de la jeune Amel, photographe à Tunis. Dans les premières minutes, Nabil, son jeune mari, meurt accidentellement. Suivent une période de deuil, et une vie qui continue, au sein de la famille du défunt : Amel étant seule au monde, elle demande à rester vivre parmi eux. Et bientôt, au hasard de son chemin intérieur, l’idée d’une série de photos lui vient : ses modèles seront masculins, et leurs corps s’afficheront. L’héroïne s’emploie, dès lors, à regarder ces hommes tant qu’elle peut avec son œil à elle. Peut-être pour mieux trouver sa route parmi eux, et décider de son chemin à elle… Tout en n’oubliant pas l’amour qu’elle peut recevoir, aussi…

L’Amour des hommes est un film très lumineux : plutôt à l’aise en apparence, Amel évolue dans une Tunis pleine de soleil. Mais on sent beaucoup de complexité sous les images. Et lors des séances de pose, surtout, le rythme des scènes se met au diapason des gestes, de la recherche du bon angle et de la bonne attitude physique à faire adopter. Les séquences prennent leur temps, pour traduire la recherche et les questionnements d’Amel.

En fin de compte, le récit prend place dans une famille, et un contexte, où les femmes sont aux prises avec des hommes, jeunes ou plus âgés, qui se sentent souvent d’une façon ou d’une autre supérieurs. Le réalisateur sait faire surgir tout à coup cette dureté grâce à des scènes de dialogues tendus, où les mots deviennent des balles, grâce à la sobriété de sa caméra.

Le naturel extraordinaire d’Hafsia Herzi (La Graine et le Mulet) rend tout du long son personnage marquant. On la suit donc dans ses questions, ses tentatives et ses difficultés : la deuxième séance de pose, avec un jeune à l’attitude machiste et supérieure, se passe ainsi très mal. Un peu plus tard, Aïssa, copain d’une connaissance à elle, qu’elle prend pour modèle, se révélera un peu pareil, lors d’une séance de pose à quatre au départ assez provocatrice, menée d’abord par la photographe, où l’homme reprend malheureusement tout à coup le pouvoir. Un peu plus loin, un homme jeune, divorcé, reprochera à Amel en la tapant, d’avoir un nouvel amoureux malgré la mort de son mari.

Le film, qui pourra figurer dans les tops personnels de certains spectateurs en 2018, suit ses personnages jusque dans toutes leurs facettes. A l’image de Taïeb le beau-père (joué par Raouf Ben Amor, impressionnant de naturel lui aussi), qui apparaît un peu étrange au premier abord, tolérant, cultivé, plutôt pour le progrès et affirmant se battre pour la liberté dans l’art, mais parfois très méprisant avec certaines femmes qui l’entourent. Et infidèle, malgré ses airs débonnaires… Très sûr de sa supériorité, en tout cas. Jusqu’à la scène qui montre une tentative de viol. Et qui révèle ce que ce beau-père logeur plutôt rigolard avait derrière la tête.

Ce film qui parle aussi d’amour confronte Amel à de nombreuses attitudes violentes de la part des hommes qui l’entourent, en en montrant aussi certains, jeunes, aux comportements plus calmes et tolérants. Et quand, au final, les photos sont développées et montrées, elles révèlent des attitudes très vraies chez les jeunes modèles masculins photographiés : un peu sensuelles, un peu provocatrices, un peu auto-satisfaites, un peu attachantes, un peu trop lubriques… « La vérité c’est que tu aimes les hommes », dit Taïeb à Amel vers la fin du film. Mais peut-être que, davantage, elle « essaye de les aimer ». Le film paraît au final poser des questions profondes sur « l’amour » que les hommes donnent ou rendent, (vraiment) à leur façon, parfois pas acceptable.

Edité par Epicentre Films (site et Facebook en cliquant), L’Amour des hommes est à voir en DVD et VOD à partir du 21 août.

Visuel 1 : © 4 A 4 Productions – Cinétéléfilms – Amel Guellaty

Visuel 2 : affiche du film

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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