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Cannes 2021 : le Prix Un certain regard décerné aux Poings desserrés, film avec vrai point de vue

Cannes 2021 : le Prix Un certain regard décerné aux Poings desserrés, film avec vrai point de vue

16 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Alors que le Festival de Cannes 2021 s’apprête à s’achever, et que les rumeurs vont bon train quant au film qui gagnera la Palme d’or (nos pronostics ici), le Prix Un certain regard a été décerné, à un lauréat qui le méritait.

Cette année au Festival de Cannes, au sein d’Un certain regard, section parallèle recentrée en 2021 sur le jeune cinéma international, vingt films tenaient l’affiche. Le jury de cette année, présidé par la réalisatrice britannique Andrea Arnold – qui présentait par ailleurs son documentaire Cow au Festival – et comptant aussi dans ses rangs Michael Covino, Daniel Burman, Elsa Zylberstein et Mounia Meddour, a choisi de justement distinguer par le Prix de la section le film Les Poings desserrés, qui se distingue non pas par son cadre ou par son sujet, mais davantage par ses choix de mise en scène et son ambiance. Chroniquant la vie d’une famille russe aux membres fatigués, et au père possessif, dans une ville russe reculée et désindustrialisée, entre montagnes et béton, il s’accroche aux visages, et aux conflits ayant cours dans cette fratrie, sans les révéler tout de suite.

La réalisatrice Kira Kovalenko y pose d’emblée, face au spectateur, des blocs de sentiments et d’émotions – dans lesquels se côtoient noirceur et lumière – et laisse ensuite au public tout le temps de fouiller en eux pour y trouver un chemin. Avec au centre du récit entre autres, une jeune fille forcée de subir des « opérations biologiques » en hôpital, défendue par son frère parti dans une grande ville pour trouver un autre horizon mais finalement revenu, contre le fameux père, peut-être malade…

On se réjouit également du Prix d’ensemble attribué à Bonne mère, très beau nouveau long-métrage réalisé par Hafsia Herzi, et soutenu par une technique parfaite et une troupe d’acteurs tous formidables, menés par Halima Benhamed, formidable en mère issue d’un milieu pauvre faisant tout pour assurer le meilleur présent à toute sa famille, dont son fils en attente de jugement. Ainsi que du Prix de l’audace reçu par le très maîtrisé La civil, dont vous pouvez découvrir notre critique ici.

Si on a moins goûté Die Grosse Freiheit, finalement lauréat d’un Prix du jury, on est resté assez ébloui par Noche de fuego, qui peint le quotidien entre rêves et problèmes du réel de trois très jeunes filles dans l’Amérique du Sud actuelle, livre des images réalistes saisissantes et quasi fantastiques, et repart cette année avec une Mention spéciale. Et si on eût aimé qu’Onoda ait une récompense, l’art du cinéma fantastique n’est pas en reste en 2021, vu que Lamb, qui sera distribué dans les salles françaises par The Jokers et imagine la naissance d’une nouvelle espèce au sein d’un troupeau de moutons islandais, repart avec un Prix de l’originalité. Une originalité qu’on souhaite retrouver l’an prochain, dans la section Un certain regard recentrée sur les points de vue de jeunes cinéastes qui déroulera sa programmation au sein d’un Cannes 2022 qu’on espère animé.

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Visuel : logo de la section Un certain regard du Festival de Cannes © FDC

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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