Cinema
[La Quinzaine des réalisateurs] « Les Mille et une nuit ». Vol. 3 L’Enchanté

[La Quinzaine des réalisateurs] « Les Mille et une nuit ». Vol. 3 L’Enchanté

21 mai 2015 | PAR Olivia Leboyer

La trilogie Les Mille et une nuits a déplu à une partie de la rédaction de Toute La Culture. Trop long ? Épuisant ? Nous, nous sommes au contraire tombés sous le charme de ce film résolument étrange, plein de mélancolie et d’humour. Nous avons un peu triché, puisque nous avons pris le train en marche en montant directement dans le troisième wagon, mais nous allons nous empresser de rattraper ce retard à Paris. Et le temps portugais, étiré, condensé, circulaire ou autre, s’y prête le mieux du monde !

[rating=5]

C’est juste après avoir interviewé le jeune et talentueux Joao Pedro Placido pour son très beau Volta a Terra que nous sommes entrés dans ce troisième volume des Mille et une nuits. Journée portugaise, où le temps nous joue des tours. Sur scène, longuement acclamé, Miguel Gomes a remercié son équipe avec élégance et simplicité, avant de dédier cette projection à Manoel de Oliveira, qui a su si longtemps et pour toujours aussi, échapper aux règles du temps.

Construire une fresque sociale sur le Portugal d’aujourd’hui, en empruntant les codes, les couleurs et les récits chatoyants des Contes des Mille et une nuits, le pari est magnifique. Irisé, léger, plein de malice, ce troisième film s’ouvre par quelques rencontres de la belle Schéhérazade, avec des génies aux ridicules sympathiques : le sublime Paddleman, à l’appareil reproducteur d’une redoutable efficacité, mais à la conversation bien insipide, un génie danseur plein de bonne volonté, un génie voleur nommé Elvis, un génie du vent trop sûr de son charme, toutes ces rencontres donnent à Shéhérazade une forte envie de dormir.

Pour échapper à ses inquiétudes, à celles de son père, aux trop nombreux fantômes et à ce monde réel qu’elle ne connaît pas. Précisément, dans cette réalité portugaise, que se passe-t-il ? Entre 2013 et 2014, il semble bien que la crise économique, dure et sans merci, ait donné aux habitants une furieuse envie de tendre des pinsons. Pardon ? Oui, vous avez bien entendu, Miguel Gomes introduit la fantaisie comme une fable, une pincée d’absurdité souriante, enchanteresse. On assiste ainsi, à l’écran, à l’organisation par de pauvres ouvriers, de grands concours de chants de pinsons. Les hymnes des travailleurs et les notes stridentes des oiseaux se mêlent, se répondent, créant une impression forte.

Le sort d’une jeune immigrée chinoise, les relogements de familles dans des cages à poules toujours plus sordides et excentrées, sont montrées, sur fond de chants d’oiseaux. C’est sublime, et ce chant pour un pays nous serre le cœur. Le dernier plan, d’une poésie folle, fait monter les larmes.

Les Mille et une nuits. Vol. 3 L’Enchanté, de Miguel Gomes, Portugal, 2h06, avec Crista Alfaiate, Americo Silva, Carloto Cotta, Chico Chapas, Jing Jing Guo. Sélection La Quinzaine.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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