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[Critique] »Les Mille et une nuits vol.2 Le Désolé », les larmes et le rire de Miguel Gomes

[Critique] »Les Mille et une nuits vol.2 Le Désolé », les larmes et le rire de Miguel Gomes

20 juillet 2015 | PAR Olivia Leboyer

Mille et une 1

Après un mois d’attente, vous pourrez enfin, le 29 juillet, vous plonger dans le second volume des Mille et une nuits (voir notre critique du volume 1 et celle du volume 3, vus dans un joli désordre). Votre patience sera récompensée au centuple : cœur palpitant de la trilogie, Le Désolé captive totalement. N’oubliez surtout pas d’entrer dans un cinéma le mercredi 29 juillet !

[rating=5]

Les trois volumes des Mille et une nuits possèdent chacun une couleur légèrement différente. On retrouve le même balancement audacieux entre le documentaire social et la fable enchantée. Aux témoignages poignants des Magnifiques chômeurs du premier volet succède ici une farandole de portraits. Dans une séquence étourdissante de procès, « Les larmes de la juge » (Luisa Cruz), la culpabilité se dit à haute voix en une ronde absurde. Les coupables, voleurs, violeurs, assassins, cupides, même les vaches, parlent en liberté, sans conscience de leurs actes, se renvoyant l’un l’autre des images déformées, insensées. Le récit s’emballe en une mécanique terrifiante.

Et, pourtant, la désolation qui s’étend en chaîne, qui gagne du terrain comme une gangrène, n’empêche pas les moments détendants, ou franchement comiques. Ainsi, l’ouverture du film, avec le récit de « Simao l’homme sans tripes » (formidable Chico Chapas, que l’on retrouvera en pinsonneur dans le volume 3), frappe par son hédonisme sauvage. Si cet homme maigre et égoïste a tué, il n’en demeure pas moins séduisant. Le vieux faune attire les jeunes filles nues comme un aimant et se fait servir comme un prince, en pleine nature, dans sa cavale. Ce volume 2 est peut-être le plus sensuel des trois. Miguel Gomes filme un festin, une bacchanale dans les collines, un gâteau, un sexe teinté de sang virginal, les promenades d’un beau chien au pelage de neige…

La contagion de la bêtise et de l’irresponsabilité se double alors d’une transmission, en filigrane, de la beauté, du rire. Dans les trois films, les mêmes acteurs incarnent d’ailleurs plusieurs rôles, souvent aux antipodes : le ministre est aussi un coq, Schéhérazade est aussi une jeune punk, le vieux bandit est aussi un éleveur d’oiseaux. Rêver du réenchantement, sur un mode fantasmé, courir après des fantômes gracieux, tout en filmant sans fard la tragédie sociale à l’œuvre au Portugal : encore une fois, Miguel Gomes tient ces deux fils, pour broder un film merveilleusement triste, drôle et beau. Dans la scène du procès, un arbre reconnaît s’être accoutumé à la tristesse, devenue son milieu naturel : ces Mille et une nuits s’adressent aux hommes changés en arbres, dans l’espoir d’une métamorphose, encore possible.

Le 29 juillet, ressourcez-vous avec le volume 2, avant de pinsonner le 26 août avec la sortie du volume 3.

Les Mille et une nuits. Vol. 2 Le Désolé, de Miguel Gomes, Portugal, 2h11, avec Crista Alfaiate, Chico Chapas, Luisa Cruz, Gonçalo Waddington, Joana de Verona, Teresa Madruga. Sélection La Quinzaine. Sortie en salles le 29 juillet 2015.

visuels: photo, affiche et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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