Cinema
La permission de minuit: chronique poignante d’un enfant de la lune

La permission de minuit: chronique poignante d’un enfant de la lune

20 janvier 2011 | PAR Gilles Herail

La permission de minuit est une comédie dramatique avec Vincent Lindon qui évoque le destin d’un enfant porteur d’une maladie rare l’empêchant de s’exposer à la lumière du jour. Critique d’un film pudique et modeste, une bonne nouvelle pour le cinéma d’auteur populaire.

Synopsis officiel: « C’est une amitié hors normes. David a 50 ans, Romain en a 13… David, professeur en dermatologie, fou de son métier, le soigne et l’opère depuis qu’il a 2 ans. Atteint d’une déficience génétique rare, Romain vit à l’écart de la lumière du jour.

C’est « un enfant de la lune ». Rien ne semble pouvoir les séparer jusqu’au jour où David obtient une mutation qu’il n’attendait plus. Comment annoncer à Romain son départ ? Le jour de la séparation approche, une nouvelle épreuve pour l’un et pour l’autre.

A la fois précis dans une description documentée de ce syndrome rare qui empêche une socialisation normale pour les enfants touchés, La permission de minuit est avant tout l’histoire d’une relation fusionnelle de père et de copain entre David et Romain et une chronique adolescente. Les premières expériences avec les filles, le premier baiser, les groupes de potes. Le héros du film est intéressant car pas immédiatement attachant, pas si mignon, adolescent boutonneux parmi d’autres, avec cependant un lourd passif derrière lui. Son comportement est immature, parfois égoïste quand il ressent le départ de son médecin attitré comme un deuxième abandon. Ce médecin, c’est Vincent Lindon qui retrouve un rôle rappelant son personnage de Welcome qui lui colle parfaitement. Un hypersensible, qui s’attache à son patient et crée des liens quasi fusionnels en oubliant la distance nécessaire à son travail. Le film se situe à la croisée des chemins pour les deux. Le noeud d’une histoire où le médecin doit partir et accepter que son protégé lui échappe.

La permission de minuit est un film dur car la maladie décrite provoque un sentiment profond d’injustice. Sous une épée de Damocles et une espérance de vie très courte, les enfants doivent vivre leur vie dans un univers médicalisé et se balader avec une combinaison spatiale sur leur tête. Avec quelques bonnes idées, la réalisatrice arrive pourtant à dédramatiser le propos. Le personnage de la mère, très frais, n’est jamais emmené vers un quelconque misérabilisme. Un second rôle d’apparence anodin permet d’apporter au film une décontraction nécessaire. Emmanuelle Devos incarne cette jeune médecin qui va remplacer le personnage de Vincent Lindon… Et qui le prend pour un vieux con, autoritaire et grincheux, incapable de passer la main. Son point de vue autorise une autre perspective sur une figure du médecin qui aurait pu devenir héroisante. Très drôles, leurs rencontres sont des moments cruciaux pour appréhender le passage de relais inévitable. La permission de minuit est donc un film prenant, aussi bien sur la lutte de cet enfant de la lune pour vivre des moments de vie normale que sur sa relation avec son médecin. Un sujet peut être classique mais filmé avec talent et proposant une belle émotion.

Gilles Hérail

(Dans un style assez proche, n’oubliez pas la sortie de la petite chambre avec Michel Bouquet (la critique), le 9 mars prochain).

La permission de minuit, une comédie dramatique française de Delphine Gleize avec Vincent Lindon, Quentin Challal et Emmanuelle Devos, sortie le 2 mars 2011, 1h50

 

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