Cinema

La Meute, Biolay dans un film d’horreur (moyennement) marrant

22 septembre 2010 | PAR Olivia Leboyer

Premier film, La Meute se veut novateur et insolite. Pour Franck Richard, il s’agit de jouer avec les codes du film d’horreur, qu’il connaît parfaitement. L’ambition est très grande. Amusant par moments, lassant à d’autres, le film s’enlise dans ses tentatives pour transcender le genre. Sortie le 29 septembre.

Ce film est un peu bizarre, et ça, d’emblée, c’est plutôt sympathique. A rebours des films d’horreurs classiques, où le monstrueux surgit au sein d’un univers aux apparences belles et lisses, tout est ici moche et sale dès la première scène. Pas de paysages idylliques ou de campus universitaire rutilant et insolent de bonne santé. Charlotte (Emilie Dequenne) arpente en voiture une campagne désolée et terne. Elle-même est bien déglinguée, à moitié punk, l’inscription HATE tatouée sur les phalanges. Autrement dit, l’horreur, elle connaît, ça ne lui fait pas peur et même, visiblement, elle aime bien ça. Quand elle prend Max (Benjamin Biolay, toujours très bon acteur ; ici les cheveux plus que gras et d’énormes valises sous les yeux) en stop, elle voit tout de suite qu’il n’est pas net non plus, et ça lui plaît. A partir de là, ces deux « jeunes » déjà bien abîmés vont se trouver embarqués dans une très  sale histoire. Il y a là un clin d’œil au voyeurisme du spectateur : vous aimez l’insoutenable, vous connaissez bien, alors allons-y sans faire de manières.

L’originalité tient ici à ce que l’horreur est omniprésente. Il n’y a pas de lente montée d’angoisse, de climax, ou de changements de rythme avec retour à la normale. Non, on est tout le temps dans un vieux décor pourri, avec des personnages tous plus glauques les uns que les autres (Yolande Moreau fidèle à elle-même…) et des répliques parfois trop écrites pour sonner juste (« Si tu ne dégages pas de là, je repeins mon lino avec le jus de tes couilles »). La crasse suinte de partout, les regards sont vitreux, les méchants semblant plus apathiques qu’autre chose, incapables de faire la distinction entre le Bien et le Mal. Alors, oui, on voit du sang, beaucoup, des viscères, des boyaux, des crânes… Aucun personnage, bourreau ou victime, n’est tellement surpris par la violence qui s’enclenche et, du coup, le spectateur ne l’est pas non plus. Surtout, on n’a jamais peur. Et cette meute ? Le titre est ironique, la meute se montrant tout sauf galopante (une maigre bande d’épouvantails à tête de vers de terre qui titubent vaguement).
Par moments, effectivement, le film est marrant. Il y a des scènes réussies, franchement amusantes (Philippe Nahon ou Jan Fonteyn sont très drôles). Mais les plans de torture sont interminables, sans procurer de réel frisson. Par instants, l’humour belge fonctionne, imprimant au film un rythme nonchalant plutôt séduisant. Et puis, sur la longueur, ça ne tient pas la route, et l’ennui s’installe. Un certain agacement aussi, devant cette volonté affichée de dépasser les codes du genre. Et un bon film d’horreur ne doit pas forcément faire rire, ni même être intelligent ! Il suffit de faire naître la peur primitive, la grande peur.
Trop ambitieux (il y a même un couplet social), La Meute manque singulièrement de légèreté.


LA MEUTE : BANDE-ANNONCE
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La Meute, de Franck Richard (franco-belge), avec Yolande Moreau, Emilie Dequenne, Benjamin Biolay, Philippe Nahon. Sortie le 29 septembre.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

One thought on “La Meute, Biolay dans un film d’horreur (moyennement) marrant”

Commentaire(s)

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    octobre 31, 2011 at 12 h 14 min

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