Arts

Monet et les terres de lumière

23 septembre 2010 | PAR Marie Lesbats

Monet par ci, Monet par là… Toujours Monet.
Le défi était là : proposer au public parisien, et justement celui de toujours, une exposition éponyme qui puisse le surprendre…

Avec cette grande rétrospective qui tient lieu d’hommage, le visiteur peut se trouver rassuré devant une formule avant tout « classique ». En présentant une exposition essentiellement picturale, les commissaires des galeries nationales du Grand Palais ne prennent guère de risque. Pas de photographie, si ce n’est sur ces immenses toiles suspendues en guise de frontières entre les sections, sortes de « plans de raccord ». Pas non plus d’archives audiovisuelles qui puissent nous exposer la « réalité » du peintre ou ses techniques de travail, études ou œuvres préparatoires. S’impose un Monet victorieux, maître entre les maîtres. Seul l’artiste pop art Roy Lichtenstein, avec ses toiles-hommages intitulées Cathédrales de Monet, a pris place dans l’antre du chef de file des impressionnistes. Admirables, les tapisseries de la Savonnerie laisseront aussi savourer la splendeur des Nymphéas dans la section dévolue aux arts décoratifs.
En bref, le Grand Palais présente le Grand Monet, sublime, éclatant ; pour une fois, il fait cavalier seul.
Si cette exposition se passe d’annexes, c’est peut-être pertinemment parce Claude Monet – il faut l’admettre – a eu mille vies et mille manières. La présentation du Grand Palais tache de les formuler.

Alternant avec finesse les espaces largement ouverts – le Déjeuner sur l’herbe, les Nymphéas – et les salles plus closes – natures mortes ou arts décoratifs –, la scénographie permet aux regards de s’évader dans les toiles ou bien de s’approcher d’elles pour plus d’intimité.
Très surprenante également est à noter la diversité des provenances des tableaux, Monet ayant très tôt séduit les collectionneurs étrangers. Ainsi, une même salle pourra réunir des œuvres d’une seule série – comme les Meules –, conservées à Canberra, Edimbourg, Zurich, New-York, Boston et bien sûr Paris.

Au fil des œuvres, au détour des cimaises, le visiteur comprend, malgré un discours parfois figé, que l’artiste puise partout. Continuellement : ses voyages, ses rencontres professionnelles ou personnelles, son quotidien. Il faut citer les portraits en pieds, telle son énigmatique Camille (1866) et les intérieurs clairs-obscurs – Intérieur, après dîner (1868-1869) -, œuvres qui s’avèrent tout à fait atypiques dans la carrière du peintre.
Monet absorbe et recrache de son pinceau ses perceptions sensorielles et sa propre appréhension du monde. Georges Clemenceau dira en 1928, à propos de l’artiste disparu, que « l’œil de Monet (…) n’était rien de moins que l’homme tout entier ». Boulimique de changements, il ne peut envisager le « figé ». La vie est plus resplendissante et mieux faite si nos yeux s’ouvrent et s’émerveillent aux jeux de lumière, aux dissonances colorées, à toutes ces nuances qui la rendent moins fade.

Alors, tout au long de sa vie de peintre, Monet glane de nouveaux cieux. Fontainebleau, la Normandie, Londres, Paris, les bords de Marne, la Creuse, la Méditerranée puis Venise… Si les provinces sont variées, les sujets sont nombreux, eux-aussi. Le scintillement de la végétation dans Le Pavé de Chailly (1865) fait écho aux éclats fleuris de ses œuvres plus tardives – les Lilas (1872) -, alors que les couleurs chatoyantes d’Argenteuil s’insinuent dans les constructions massives des falaises d’Etretat. Usant des paysages à la manière d’un photographe, Monet réalise de véritables instantanés en peinture. Matinée sur la Seine, ou Bras de Seine près de Giverny ne sont d’ailleurs pas si éloignées des photographies pictorialistes de Steichen au début du XXème siècle.
Monet trace les lignes jusqu’à l’obsession, jusqu’à répéter les mêmes motifs des dizaines de fois, comme s’il tenait à immortaliser chaque rai de soleil et chaque naissance de miroitement. Ses Gares St Lazare, ses Meules, ses Peupliers ou ses Cathédrales de Rouen ne seront qu’élaboration de son chef d’œuvre ultime, les Nymphéas, auquel il s’adonne sans relâche jusqu’à la fin de sa vie dans son jardin de Giverny.
La dernière salle de l’exposition offre une charmante réplique de l’espace ovale conçu par Monet lui-même au Musée de l’Orangerie et dédié à ce cycle. Ces « eaux fleuries », comme les appelait Clemenceau, attestent des recherches incessantes de l’artiste et de son infinie volonté à traduire les alchimies de couleurs et de lumières.
A vouloir pousser à l’excès les théories impressionnistes, Claude Monet ne va cesser d’œuvrer pour l’avenir. Il passe ainsi le relais aux expérimentations modernes, puis abstraites (voir notre article Monet et l’abstraction). Grâce à ses Nymphéas, l’artiste propage sa remarquable perception d’immersion picturale, cette immersion qui se veut absolue, celle que votre œil photographiera.

Peintures :

– Le pavé de Chailly dans la forêt de Fontainebleau, 1865, Copenhague, Ordrupgaard

– Intérieur après dîner, 1868-69, Washington National Gallery of Art

– Bras de Seine près de Giverny, 1897, Boston, Museum of Fine Arts

– Saule pleureur, 1920-1922, Paris, Musée d’Orsay

Exposition « Claude Monet (1840-1926) » du 22 septembre 2010 au 24 janvier 2011
Galeries nationales du Grand Palais, M° Champs-Elysées-Clemenceau
Tous les jours de 10h à 22h, le mardi jusqu’à 14h, le jeudi jusqu’à 20h, tous les jours de 9h à 23h pendant les vacances scolaires. Fermé le 25 décembre.
12 euros, tarif réduit 8 euros.

La Meute, Biolay dans un film d’horreur (moyennement) marrant
La vibration guerrière d’Hofesh Shechter
Marie Lesbats

3 thoughts on “Monet et les terres de lumière”

Commentaire(s)

  • Luneau bernard

    A la suite de ton article lu loin de paris ,j’ai très envie de voir l’expo Monet ,même si je ne raffole pas de l’artiste .Trop de répétitions des mêmes thèmes .Bises Bernard

    septembre 23, 2010 at 20 h 22 min
  • claire

    Merveilleuse exposition !

    janvier 12, 2011 at 12 h 35 min

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