Cinema

L’agence : course contre le sort

24 mars 2011 | PAR Sonia Ingrachen

Il est des auteurs qui ne cessent d’inspirer le cinéma, c’était le cas pour le maitre du fantastique Stephen King, c’est aussi vrai pour l’auteur Philip K. Dick dont la nouvelle Rajustement a  inspiré le film. De Blade Runner à Scanner Darkly, une douzaine d’adaptations cinématographiques de cet écrivain prolifique ont vu le jour. George Nolfi (scénariste de Ocean’s Twelve et De la Vengance dans la peau) signe son premier film avec L’agence. Il retranspose cette nouvelle d’anticipation écrite en plein maccarthysme dans le New York contemporain avec un Matt Dam toujours aussi talentueux.

David Norris, jeune candidat ambitieux au siège de sénateur de l’Etat de New York, fait la rencontre fortuite de la fascinante Elise. C’est le coup de foudre. Mais David est vite confronté à de mystérieux hommes qui cherchent à enrayer cette histoire d’amour naissante. Il prend conscience que ses adversaires ne sont autres que les agents du sort lui même- les hommes de l’Agence- qui vont mettre tout ce qui est en leur pouvoir pour le séparer d’Elise.

Avec l’Agence aucun hasard n’existe, tout est sous contrôle, tout est planifié, ajusté au millimètre près par d’étranges hommes que David n’aurait jamais dû rencontrer : ce sont les hommes de l’agence, sorte d’appareil bureaucratique dont les rouages sont minutieusement huilés. Ces personnages au  look rétro tout droit sortis d’un Hitchcock ou d’un épisode de Mad men (au choix) sont les employés d’un big boss qui veillent à ce que tous suivent la route qui a été  tracée pour eux. David ne devrait pas échapper à la règle, surtout que ce jeune homme aurait- dit-on – un très grand rôle à jouer sur cette Terre. Dans ce tableau, la belle danseuse Elise n’a pas sa place, elle n’est pas inscrite dans le plan. Mais c’était sans compter la détermination de David qui compte bien se tracer une route (sinueuse) avec la belle à son bras.

Le film s’ouvre dans un rythme effrené, on y découvre d’abord les coulisses de la campagne politique de David avant de se faufiler derrière les portes secrètes de ce bureau de contrôle. Mélant habilement les genres, de la fiction d’anticipation au film romantique, le film joue sans cesse à nous faire passer des deux cotés du miroir, de la réalité à ses agents plannificateurs, du destin au libre arbitre. Grace à une mise en scène  habile et un décor soigné (les buildings, les dizaines de lieux), George Nolfi fait de  Manhattan un grand terrain de jeu, où les courses poursuites s’enchainent avec virtuosité, et où les portes (et les chapeaux!) vous font passer d’un bout à l’autre de ce dédale urbain.

Un bémol tout de même : la bluette prend malheureusement le pas sur les questionnements plus philosophiques (le libre arbitre/ le destin, l’individu/le collectif) comme l’atteste cette fin franchement niaise sur le triomphe de l’amour. Par ailleurs, alors que le film reprend l’idée de la nouvelle, il supprime  néanmoins l’enjeu idéologique, enjeu qui aurait sans doute mérité un peu  plus de developpement. En effet, la fiction de Philip K. Dick a été écrite en pleine période de Maccarthysme, le sujet était donc particulièrement lié à son contexte d’écriture.  Malheureusement, Nolfi passe à côté de ce qui aurait pu être une réflexion sur notre société actuelle pour nous offrir (juste) un très bon divertissement.

The Adjustment Bureau

date de sortie le 23 mars
Réalisation George Nolfi
Avec Matt Damon, Emily Blunt, Anthony Mackie, Michael Kelly, John Slattery, Anthony Ruivivar, Terence Stamp.
durée: 105 minutes
d’après la nouvelle de Philip K. Dick

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Sonia Ingrachen

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